Guérison des deux aveugles et d’un muet possédé
Matthieu situe la guérison de deux aveugles (Matthieu 9,27-31) suivie de celle d'un muet possédé (Matthieu 9,32-34) peu après la résurrection de la fille de Jaïre, à Capharnaüm. Cet épisode est propre à Matthieu car les récits d'une telle guérison d'aveugles, rapportés par Marc 10,46-52 et Luc 18,35-43, se situent à Jéricho et pour une trame différente.
L'exégèse retire surtout de ces récits, des enseignements spirituels sans résoudre vraiment les questions que pose leur narration.
Maria Valtorta rapporte cet épisode en EMV 232, à Capharnaüm, au terme d'une journée qui vit la guérison de l’hémorroïsse et la résurrection de la fille de Jaïre[1] rapportées par Matthieu dans le même chapitre (Matthieu 9,18-25) peu de temps après son appel par Jésus (Matthieu 9,9).
Le questionnement de l'exégèse[modifier | modifier le wikicode]
- Les aveugles appellent Jésus "Fils de David", un titre à forte connotation messianique. Ce titre renvoie aux prophéties sur le Messie guérissant les aveugles (Isaïe 35,4-5). Matthieu veut-il montrer que Jésus accomplit les promesses d’Isaïe ? Est-ce une réponse aux doutes juifs sur la messianité de Jésus ?
- Jésus ne guérit pas les aveugles immédiatement mais à l’intérieur de la maison, loin de la foule. Quelle est la signification de cette mise à l’écart ?
- Jésus dit : "Prenez garde que personne ne le sache". Matthieu connaît-il déjà un "secret messianique" (marqué chez Marc mais plus atténué chez Matthieu) ?
- Dans ce passage, Jésus touche et parle, et la guérison dépend de leur foi : "Qu’il vous advienne selon votre foi". Comment Matthieu articule-t-il foi humaine et initiative divine ?
- La délivrance du muet, immédiatement attribuée au "prince des démons" par les Pharisiens, suit la guérison des aveugles. Quelle est la relation entre les deux scènes ?
- Malgré l’ordre de Jésus, "ils se mirent à parler de lui dans tout le pays". Pourquoi les infirmes guéris désobéissent ils aussitôt ? Leur désobéissance est-elle répréhensible ?
- Les Pharisiens attribuent le miracle à un démon. Cette scène préfigure-t-elle Matthieu 12,24 (le péché contre l’Esprit) ?
Dans Maria Valtorta[modifier | modifier le wikicode]
Le contexte[modifier | modifier le wikicode]
Dans l'œuvre de Maria Valtorta l'épisode se déroule au soir d'une journée de la fin mai particulièrement riche en évènements. Jésus, suivi d'une foule, a guéri l’hémorroïsse (EMV 230.3), puis ressuscité Miryam, la fille de Jaïre, le chef de la synagogue de Capharnaüm (EMV 230.6). Il réside, comme souvent, chez Thomas de Capharnaüm et sa femme. Probablement un parent éloigné. À peine rentre-t-il au crépuscule (en mai les jours sont longs) que Marthe, accompagnée de sa servante Marcelle, vient lui confier son espoir de voir la conversion de sa sœur Marie, suivi d'une déception[2]. Puis Jésus sort pendant qu'on prépare le souper. Sur la place il aperçoit Matthieu (qui habite à Capharnaüm) pris à partie par des pharisiens qui n'acceptent pas sa "guérison"[3]. Jésus croise aussi des enfants qui le réconforte par la spontanéité de leur foi[4].
Les deux aveugles[modifier | modifier le wikicode]
En rentrant, le souper est interrompu par l'arrivée des deux aveugles qui l'avaient déjà interpellé sur la route[5], mais "la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait[6]." Ils répètent leur même incantation: "Jésus, Fils de David, aie pitié de nous !". Pierre voudrait que Jésus dîne en paix, mais il donne l'ordre de les recevoir. Sa première parole est pour évaluer leur foi:"Croyez-vous que je puisse vous rendre la vue ?"Complètement guéris, les deux aveugles tombent à genoux."Oh ! oui, Seigneur ! Nous sommes venus parce que nous en sommes certains."
Jésus se lève de table, s'approche d'eux, met ses doigts sur les paupières aveugles, lève le visage, prie et dit: "Qu'il vous soit fait selon la foi que vous avez[5]."
"Levez-vous et allez et veillez bien à ce que personne ne sache ce que je vous ai fait. Portez la nouvelle de la grâce que vous avez reçue à votre ville, à vos parents, à vos amis. Ici, ce n'est pas nécessaire ni favorable à votre âme. Gardez-la exempte de blessures dans sa foi, comme maintenant, sachant ce qu'est l’œil, vous le préserverez de blessures pour ne pas être aveugles de nouveau[5]."
Commentaires[modifier | modifier le wikicode]
L'invocation "Fils de David, aie pitié" apparaît très tôt dans les écrits de Maria Valtorta[7]. Elle est utilisée par les lépreux et les infirmes. Cette invocation se réfère à Isaïe qui décrit un "rejeton de Jessé" (père de David)[8] rempli de l'Esprit de Dieu, qui jugera avec justice, guérira les malades et apportera la paix: "Alors s'ouvriront les yeux des aveugles, s'ouvriront les oreilles des sourds ; le boiteux s'élèvera comme un cerf, et la langue du muet criera de joie[9]." En EMV 199.5, le prêtre Jean y fait allusion. Depuis, les miracles et notamment les résurrections (celle du fils de la veuve[10] il y a deux mois et celle de la fille de Jaïre le matin même) sont venus conforter cette appellation. Jésus vérifie que l'invocation des deux aveugles correspond bien à une foi réelle qui conditionnera leur guérison. Elle est complète.
Jésus n'interdit pas aux miraculés de parler de leur guérison: il leur demande de le faire là où on les croira et non à Capharnaüm où cette annonce se retournerait contre eux. La réaction des pharisiens à la guérison du possédé confirmera cette prédiction. Les deux anciens aveugles ne se privent pas de proclamer le miracle auprès de ceux qui le cherchent depuis Nazareth. C'est ainsi qu'arrive un cortège traînant un possédé.
Le possédé[modifier | modifier le wikicode]
Après le repas, Jésus monte "sur la terrasse où il y a un peu de fraîcheur. Le lac n'est que scintillement sous le quartier de lune." Le repos est de courte durée: un détachement le cherche trainant un possédé ligoté qui hurle à la vue de Jésus[11]. Il descend immédiatement. Le premier mot du possédé délivré est "Paix". La foule crie, émerveillée, en voyant le brusque passage de la fureur à la tranquillité, de la possession à la délivrance, du mutisme à la parole: "Jamais on n'a vu pareilles choses en Israël !". Cette exultation est aussitôt coupée par l'intervention des pharisiens de Capharnaüm, ceux-là même qui prenaient à partie Matthieu: "S'il n'avait pas eu l'aide de Belzébuth, il ne l'aurait pas fait". C'est l'ancien possédé, devenu loquace, qui leur rétorque: "Aide ou pas aide, je suis guéri et les aveugles aussi. Vous, vous ne pouvez le faire malgré, vos grandes prières[12]". Jésus ne répond rien. Il se content de congédier la foule et de garder l'ancien possédé et ses accompagnateurs dans la maison de son hôte pour la nuit.
Conclusion[modifier | modifier le wikicode]
Maria Valtorta, dans cet épisode, enrichit le récit évangélique de Matthieu en le contextualisant dans une journée déjà chargée de signes : la guérison de l’hémorroïsse et la résurrection de la fille de Jaïre. Ses détails narratifs — la foule étouffante, la vérification de la foi des aveugles, la délivrance spectaculaire du possédé — humanisent ces scènes et mettent en relief la dimension personnelle de la rencontre avec le Christ. La guérison n’est pas seulement physique, mais aussi spirituelle: les aveugles, en recouvrant la vue, sont invités à préserver leur âme de nouvelles cécités, tandis que le possédé, libéré, proclame une paix qui contraste avec l’accusation pharisienne.
Les réactions des Pharisiens, attribuant ces miracles à Belzébuth, annoncent les conflits à venir et soulignent l’opposition entre la foi simple des humbles et l’incrédulité des autorités religieuses. Cette tension, déjà présente chez Matthieu, trouve un écho saisissant dans les écrits de Valtorta, où la parole des guéris devient un témoignage plus puissant que les controverses.