Bref avertissement de la commission doctrinale épiscopale française
"Le Bref avertissement au sujet de la diffusion de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta" est une note doctrinale publiée le 29 septembre 2021 par la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France. Le texte exprime une préoccupation pastorale face à une intensification de la diffusion des écrits de Maria Valtorta tant au niveau des paroisses que sur internet.
Sur les 104 diocèses de France, un seul — celui de Viviers — publia officiellement le texte, lequel fut ensuite retiré du site de la Conférence des évêques de France.
L'argumentaire de la Commission Doctrinale[modifier | modifier le wikicode]
La commission réaffirme la nécessité de privilégier la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Église, tout en accompagnant avec prudence l’intérêt pour les révélations privées, afin d’éviter les confusions et les risques pour la foi. L’avertissement ne condamne pas explicitement les lecteurs, mais affirme que les écrits de Valtorta :
- ne sont pas reconnus comme surnaturels,
- ont été jugés problématiques,
- et présentent un risque de confusion doctrinale et ecclésiale s’ils sont diffusés comme un “Évangile”.
1. Un jugement négatif du Magistère déjà établi[modifier | modifier le wikicode]
- Mise à l’Index : L’œuvre L’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta a été mise à l’Index le 16 décembre 1959, décision expliquée dans L’Osservatore Romano du 6 janvier 1960.
- Position de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : En 1985, le cardinal Ratzinger (alors préfet) a rappelé que, bien que l’Index ait été aboli, sa valeur morale persiste. Il a jugé inopportun de diffuser une œuvre condamnée après mûre réflexion, en raison des risques pour la foi des plus fragiles.
- Rappel de la Conférence épiscopale italienne : En 1992, la Conférence des évêques d’Italie a demandé aux éditeurs de préciser explicitement que les écrits de Maria Valtorta ne sont pas d’origine surnaturelle.
2. Distinction entre Parole de Dieu et révélations privées[modifier | modifier le wikicode]
- Rôle limité des révélations privées : Le Synode des évêques de 2008 a souligné que les révélations privées ne complètent pas la Révélation définitive du Christ, mais visent à aider les fidèles à en vivre plus pleinement à une époque donnée.
- Risque de confusion : La commission met en garde contre la tendance à assimiler les révélations privées à la Parole de Dieu, ce qui peut brouiller la distinction essentielle entre les deux.
3. Autorité ecclésiale et communion[modifier | modifier le wikicode]
- Primauté de l’Église : Aucune personne, en dehors de la pleine communion avec l’Église et ses pasteurs, ne peut prétendre être dépositaire de l’Évangile ou de la Tradition. La réception authentique de la Parole de Dieu se fait dans la communion avec l’Église, qui est le vecteur de la Bonne Nouvelle.
- Dialogue avec Dieu : La Révélation est un dialogue entre Dieu et l’Église, et non une expérience individuelle ou piétiste. Elle s’inscrit dans la tradition vivante de l’Église, guidée par l’Esprit Saint et transmise par les pasteurs en succession apostolique.
4. Risques pastoraux et spirituels[modifier | modifier le wikicode]
- Diffusion croissante : La commission note une intensification de la diffusion des écrits de Maria Valtorta, y compris par des prêtres et des groupes paroissiaux, ce qui peut laisser croire à une approbation ecclésiale.
- Accompagnement nécessaire : Elle appelle à un discernement pastoral pour éclairer les fidèles sur la distinction entre Parole de Dieu et révélations privées, sans éteindre l’Esprit mais en évitant les dérives.
- Soif spirituelle : Tout en reconnaissant les aspirations spirituelles des fidèles, elle encourage à puiser la nourriture vivante de la foi dans l’écoute de la Parole de Dieu avec toute l’Église, et non dans des œuvres non reconnues.
5. Fondement théologique[modifier | modifier le wikicode]
- Dei Verbum : La constitution dogmatique rappelle que la connaissance de la foi s’accroît dans l’Église, sous l’assistance de l’Esprit Saint, par la contemplation, l’étude, et la prédication des pasteurs, et non par des initiatives individuelles.
- Christ, centre de la Révélation : L’Église est le lieu où retentit la Parole du Christ, et toute expérience spirituelle authentique doit orienter vers Lui et vers la communion ecclésiale.
Texte complet[modifier | modifier le wikicode]
BREF AVERTISSEMENT au sujet de la diffusion de l’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria VALTORTA.
La diffusion des écrits de Maria Valtorta s’intensifie depuis deux ans au moins. On rencontre, en plus des fidèles qui se nourrissent de ces textes, des prêtres qui répandent ces écrits, des groupes de lecture de Maria Valtorta dont les activités sont à certains endroits annoncées dans les feuilles paroissiales. Des associations et des sites internet diffusent à grande échelle des mails commentant l’évangile du dimanche par des textes de Maria Valtorta[1]. Des fidèles de bonne foi supposent que cette œuvre est approuvée par l’Église.
Un jugement clair du Magistère de l’Eglise a mis à l’Index L’Évangile tel qu’il m’a été révélé le 16 décembre 1959. La sentence est expliquée dans un article de L’Osservatore Romano du 6 janvier 1960. Elle a été rappelée par le Cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi le 31 Janvier 1985, dans lequel il explique que : « bien qu’aboli, l’Index conserve toute sa valeur morale, c’est pourquoi il n’est pas retenu opportun de diffuser et de recommander une œuvre dont la condamnation ne fut pas prise à la légère, mais sur des arguments réfléchis afin de neutraliser les dommages qu’une telle publication peut porter à la foi des plus démunis. »[1].
Mentionnons également la lettre du 6 mai 1992, par laquelle le secrétaire général de la conférence des évêques d’Italie a demandé à un éditeur de ne pas publier les écrits de Maria Valtorta sans indiquer explicitement qu’ils ne sont pas d’origine surnaturelle[2].
Le synode des évêques de 2008 sur la Parole de Dieu a recommandé d’« aider les fidèles à bien distinguer la Parole de Dieu des révélations privées »[2], dont le rôle « n’est pas de (…) « compléter » la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire[3] » [3].
Nous constatons chez certains fidèles de l’Eglise catholique un intérêt pour les révélations privées, un goût pour ce qui apparaît nouveau et manifeste l’actualité de la Révélation à travers des grâces mystiques ou des charismes. Ceci mérite d’être accompagné par un soin pastoral qui vise, non à éteindre l’Esprit, mais à éclairer les fidèles sur cette distinction entre Parole de Dieu et révélations privées.
Notre sollicitude pastorale envers les personnes attirées par ce type de littérature nous conduit à rappeler une vérité de foi importante : il s’agit de prendre conscience qu’une personne seule, sans une pleine communion avec l’Église et ses pasteurs ne peut se revendiquer dépositaire de l’Évangile ni de la tradition. Car le fruit de la réception de la Parole de Dieu est la communion de l’Église avec le Père et le Fils : « Nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue : ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous soyez en communion avec nous et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus Christ »[4]. L’unique « solo » dans la symphonie de la Création, c’est le Christ.[5]
« Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec toute sa richesse»[6]. La conversation permanente de la communauté des fidèles avec Dieu n’est pas ‘’piétiste-individuelle[4].’’ Il s’agit du dialogue de Dieu avec l’Épouse du Christ, la sainte Église. Il émet un écho dans le monde car, par l’Église en qui retentit la Parole du Christ, Dieu fait entendre au monde la Bonne Nouvelle. Cette expérience ecclésiale de la Révélation se vérifie également du fait qu’elle oriente vers le Christ et qu’elle fait de l’Église un vecteur de la Bonne Nouvelle du Salut pour le monde d’aujourd’hui[5].
La constitution dogmatique Dei Verbum explicite les divers modes par lesquels se poursuit ce dialogue de Dieu avec l’Église. Ils ne se limitent jamais au sentiment individuel ou à la pensée personnelle de tel ou tel fidèle du Christ. Sous l’assistance du Saint-Esprit, la connaissance par l’Église des objets de la foi s’accroît « soit par la contemplation et l’étude des croyants[…],soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité[6] »[7].
Les soifs spirituelles que nous pouvons observer dans le Peuple de Dieu méritent d’être prises au sérieux et le besoin de lecture, de nourriture vivante pour favoriser la ferveur et la contemplation du mystère du Christ sont un encouragement à continuer à écouter, avec toute l’Église, la parole du Seigneur, et à annoncer les vérités de la foi avec ferveur et enthousiasme[7].
29 septembre 2021
Notes
- Un prêtre de l’archidiocèse de Gênes s’adresse à la CDF par une lettre datée du 18 mai 1984 concernant la position de l’Église sur l’œuvre de Maria Valtorta. Le cardinal Ratzinger répond personnellement par une lettre datée du 31 janvier 1985, à l’archevêque le cardinal Giuseppe Siri, dont dépend le prêtre requérant. Voici l’original en italien de la phrase citée : « Benché abolito, l’Index conservava tutto il suo valore morale, per cui non si ritiene opportuna la diffusione e raccomandazione di un’Opera la cui condanna non fu presa alla leggera ma dopo ponderate motivazioni al fine di neutralizzare i danni che tale pubblicazione può arrecare ai fedeli piú sprovveduti. »
- « Je vous demande, dans le cas d’une éventuelle réimpression des volumes, qu’il soit indiqué clairement dès les premières pages que les « visions » et les « dictées » auxquelles on se réfère dans ces volumes ne peuvent être reconnues d’origine surnaturelle, mais qu’elles doivent être considérées simplement comme des formes littéraires dont l’auteur s’est servi pour conter, à sa manière, la vie de Jésus. » (Dionigi Tettamanzi, Secrétaire général de la Conférence Episcopale Italienne, Lettre à l’éditeur, 6 mai 1992)
- Citation de Benoît XVI, Verbum Domini, n°14
- 1Jn1,2-3
- Cette réflexion est inspirée de ce que dit Benoît XVI, dans Verbum Domini n° 13
- Citation Dei Verbum n° 8
- Citation Dei Verbum n° 8
Réception du document par les défenseurs de l'œuvre[modifier | modifier le wikicode]
Pour ses défenseurs, l’œuvre de Valtorta :
- relève de la conscience personnelle éclairée,
- n'est pas condamnée sur le plan doctrinal,
- est spirituellement féconde et utile,
- conforme à la foi de l’Église.
Si la Commission Doctrinale met l’accent sur la prudence doctrinale et ecclésiale, les défenseurs mettent l’accent sur les fruits spirituels et la liberté des fidèles.
1. L’Index n’est plus juridiquement contraignant[modifier | modifier le wikicode]
La Commission Doctrinale maintient la censure de la mise à l'Index, supprimé en 1966, sans prendre en compte son corolaire : la capacités à discerner, au final, des fidèles: "L’Index n’a plus force de loi ecclésiastique avec les censures qui y sont attachées. C’est pourquoi l’Église fait confiance à la conscience mûre des fidèles", même si elle compte "sur la sollicitude vigilante" des évêques [8]. Notions qui sont reprises ultérieurement dans le Catéchisme de l'Eglise catholique (§ 67): « Guidé par le Magistère de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui, dans ces révélations, constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église. »
2. Il n’existe pas de consensus négatif dans l’Église[modifier | modifier le wikicode]
En 75 ans, aucun texte du Magistère n’a déclaré que l’œuvre contient des erreurs doctrinales formelles. La condamnation évoquée, la seule existante, a un motif canonique disciplinaire.
Les risques dénoncés dans le Bref avertissement sont pastoraux. Les documents magistériels, qu'il allègue, n'évoquent que des risques pastoraux. Enfin, le Commission s'alerte de risques potentiels mais non avérés.
3. La valeur des révélations privées est marginalisée[modifier | modifier le wikicode]
La Commission ne cite que partiellement l'article 14 de l'exhortation post-synodale Verbum Domini. Cette première partie, qu'il cite, délimite une exclusion des révélations privées, mais la deuxième partie, à l'initiative de Benoît XVI, délimite ce qu'elles sont en termes positifs. Cet enseignement constant sert, seul, de base à une véritable dialogue sur la valeur et la place de la révélation privée présumée de Maria Valtorta.
Une révélation non reconnue n'est pas une révélation forcément condamnée. Cet amalgame est assez courant, mais une révélation peut ne pas être encore reconnue, voire même ne l'être jamais comme le précise les normes procédurales de 2024, postérieures au Bref avertissement.
4. La prise en compte du dossier historique est restreinte[modifier | modifier le wikicode]
La documentation historique du dossier est très partielle. Elle conduit à prendre en défaut les encouragements à la publication, à la lecture ou à la diffusion, promulgués par les Papes ou les saints. La lettre du Pape François à la Fondation Maria Valtorta (Viareggio) le 24 février 2024 (postérieure au Bref avertissement) est incompatible avec une œuvre qui serait condamnable ou nuisible. Il en est de même des pastorales de l'archevêque de Lucques, évêque référent pour la cause de Maria Valtorta.
5. La lecture est circonstancielle[modifier | modifier le wikicode]
La Commission Doctrinale interprète la lettre de la Conférence épiscopale italienne comme une condamnation de la surnaturalité. Le communiqué ultérieur du Dicastère, qui reprend ces termes, ne se réfère aucunement à une enquête diocésaine procédurale pourtant préalable à un jugement, ni aux mentions procédurales d'usage pour une condamnation de ce type (constat de non surnaruralitate). Il n'y a aucune interdiction de lire ou de diffuser, mais des dispositions contingentées.
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Voir les initiatives valtortiennes francophones sur valtortamaria.org
- ↑ Synode des Évêques, XIIe assemblée générale ordinaire, Liste finale des propositions (« Proposition 47 – La Bible et le phénomène des sectes »), 25 octobre 2008, site du Vatican.
- ↑ CEC § 67.
- ↑ L'expression foi « piétiste-individuelle » (ou piétisme-subjectiviste) désigne une forme de religiosité qui privilégie l'expérience intérieure, le sentiment personnel et la dévotion privée au détriment des dimensions communautaires, ecclésiales et intellectuelles de la foi catholique. La Commission Doctrinale reproche donc aux valtortiens un isolement spirituel alors même qu'elle s'alarme de leur inculturation paroissiale et du rapprochement avec les prêtres. Le Pape François a, au contraire, postulé, plusieurs fois, que la foi naissait d'une rencontre personnelle avec le Christ, faute de quoi l'Evangile s'intellectualisait.
- ↑ Ce critère s'applique aussi aux révélations privées selon le Commentaire théologique du Secret de Fatima (26 juin 2000, en fin de document) du cardinal Ratzinger: "Le critère pour la vérité et pour la valeur d'une révélation privée est donc son orientation vers le Christ lui-même." Critère qu'il reprend dans Verbum Domini, § 14 deuxième partie.
- ↑ Voici le paragraphe cité complet: "Cette Tradition qui vient des Apôtres progresse dans l’Église, sous l’assistance du Saint-Esprit ; en effet, la perception des réalités aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur (cf. Lc 2, 19.51), soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des réalités spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, ont reçu un charisme certain de vérité. Ainsi l’Église, tandis que les siècles s’écoulent, tend constamment vers la plénitude de la divine vérité, jusqu’à ce que soient accomplies en elle les paroles de Dieu." C'est justement ce paragraphe qui fonde le "sensus fidelium" (le sens de la foi des fidèles). La Commission Doctrinale semble traduire restrictivement "Eglise" par "hiérarchie ecclésiale". Dei Verbum l'emploi au sens où Maria Valtorta l'entend : l'ensemble des catholiques. La Parole de Dieu n'est pas confiée uniquement à la hiérarchie, mais à l'ensemble de l'Église (Dei Verbum 10) uni à elle et sous l'action de l'Esprit Saint.
- ↑ La Commission Doctrinale semble douter que ce soit là justement la définition de l'œuvre de Maria Valtorta.
- ↑ Sacrée Congrégation pour la doctrine de la Foi, Notification sur la suppression de l'index des livres interdits, 14 juin 1966.