Trois disciples qui veulent suivre Jésus

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    Trois disciples qui veulent suivre Jésus (Matthieu 8,18-22 - Luc 9,57-62). Interprétation de ChatGPT.

    Ces disciples qui veulent suivre Jésus sont deux en Matthieu 8,18-22 et trois en Luc 9,57-62. L'un demande à Jésus où il demeure, l'autre lui demande l'autorisation d'enterrer son père et le troisième celle de dire adieu à sa famille. Jésus leur répond par une radicalité de l'engagement: il n'a pas d'endroit où reposer sa tête, il faut laisser les morts enterrer leurs morts et celui qui regarde en arrière n'est pas fait pour le Royaume de Dieu. Cette radicalité interroge sur le sens littéral ou allégorique à donner à ces exigences.

    L'épisode correspondant de Maria Valtorta (EMV 178) est bien localisé à Capharnaüm après la guérison de la belle-mère de Pierre comme le rapporte Matthieu et il y a bien trois disciples successifs comme le décrit Luc. Les trois radicalités énoncées trouvent leur justification dans le contexte de l'évènement.

    Le questionnement de l'exégèse[modifier | modifier le wikicode]

    • Le premier à demander à suivre Jésus, est un scribe anonyme. Ceux-ci sont généralement des opposants à Jésus mais celui-ci semble faire exception. Jésus ne le repousse pas mais lui annonce les conditions précaires qu'il devra affronter. Ce sont des conditions matérielles qui étaient celles des maîtres itinérants. L'exégèse note aussi qu'il informe Jésus de sa décision plus qu'il ne lui demande son accord: "Maître, je te suivrai partout où tu iras.[1]" Elle s'interroge aussi sur le sens de la réponse de Jésus qui décrit des conditions matérielles mais qui peuvent aussi être spirituelles.
    • Le second s'apprête à suivre Jésus mais lui demande: "permets moi d’aller d’abord enterrer mon père[2]". C'était un devoir sacré: les Juifs devaient enterrer leurs morts le jour même, et le deuil durait sept jours (shiv'a[3]). Ne pas le faire était une transgression grave de la Torah et une honte pour la famille. C'est pourquoi l'exégèse considère qu'il s'agit d'une métaphore (ou d'une hyperbole) appliquée à la radicalité de l'engagement ou alors qu'il faut comprendre que le fils attendra le décès de son vieux père avant de suivre Jésus.
    • Le troisième, uniquement mentionné par Luc[4], demande à Jésus de le laisser faire d'abord ses adieux aux gens de sa maison. L'exégèse renvoie généralement au détachement des attaches familiales demandé par Jésus dans d'autres passages dans la suite des Évangiles[5]. La réflexion serait donc moins inattendue.

    Dans Maria Valtorta[modifier | modifier le wikicode]

    Le contexte[modifier | modifier le wikicode]

    Jésus est à Capharnaüm où il vient de guérir le serviteur du centurion. C'est la fin février. Quelques jours seulement auparavant, il avait délivré les grands enseignements du sermon sur la montagne[6], non loin de là. Ce sont sans doute ces enseignements qui séduisent le scribe (anonyme) qui voudrait suivre Jésus pour en entendre plus. Il n'est pas le seul: une foule compacte l'enserre[7].

    Le scribe[modifier | modifier le wikicode]

    Il informe Jésus qu'il va le suivre: "ce qu'il y a dans tes paroles ne peut se comparer avec ce que renferment nos préceptes. Elles m'ont conquis." Il lui demande quelles sont les maisons où il pourra le trouver. Aux paroles de l'Évangile, Jésus rajoute: "Ma maison, c'est le monde, partout où il y a des esprits à instruire, des misères à soulager, des pécheurs à racheter." Il ne s'agit pas de grands enseignements qui élèvent l'âme: il s'agit d'une évangélisation exigeante. Le scribe pourra-t-il s'y conformer ?
    "Pourrais-tu faire ce que ces tout petits font pour mon amour, toi, docteur d'Israël ? Ici on exige le sacrifice et l'obéissance et la charité envers tous, l'esprit d'adaptation en tout, avec tous. Car la bienveillance attire. Parce que celui qui veut soigner doit se pencher sur toutes les plaies. Après, ce sera la pureté du Ciel. Mais ici nous sommes dans la boue et il faut arracher à la boue, sur laquelle nous posons les pieds, les victimes déjà submergées. Ne pas relever les habits, ni s'éloigner parce que là la boue est plus profonde. La pureté c'est en nous qu'elle doit être. Il faut en être pénétré de façon que rien ne puisse plus entrer. Peux-tu tout cela?[8]"  
    Il demande à essayer, ce à quoi l'engage Jésus qui priera pour lui.

    Le jeune homme qui part enterrer son père[modifier | modifier le wikicode]

    C'est bien Jésus qui a l'initiative du dialogue comme le rapporte Luc (mais non Matthieu)[2]. "Suis moi" dit-il à un jeune homme qui le regarde intensément. Élie de Corozaïn (Chorazeïn) - c'est son nom - sursaute il partait enterrer son père mort le jour même. Il doit l'ensevelir et suivra Jésus après.
    "Suis-moi. Laisse les morts ensevelir leurs morts. Toi, la Vie t'a déjà aspiré. Tu l'as désiré, d'ailleurs. Ne déplore pas le vide que la Vie a fait autour de toi afin de t'avoir pour disciple. Les mutilations de l'affection sont des racines pour les ailes qui poussent chez l'homme changé en serviteur de la Vérité. Abandonne la corruption à son sort. Élève-toi vers le Royaume où rien n'est corrompu. Tu y trouveras aussi la perle incorruptible de ton père,  Dieu appelle et passe. Demain tu ne trouverais plus ton cœur d'aujourd'hui et l'invitation de Dieu. Viens. Va annoncer le Royaume de Dieu[9]."  
    Élie réfléchit à ces deux amours qui s'opposent: l'amour de Dieu et l'amour de son père. Jésus demande alors à un jeune enfant de quatre ans environ de répéter avec lui cette prière : "Je te bénis, ô Père, et j'invoque ta lumière pour ceux qui pleurent dans les nuées de la vie. Je te bénis, ô Père, et j'invoque ta force pour celui qui est comme un petit qui a besoin que quelqu'un le soutienne. Je te bénis, ô Père, et j'invoque ton amour pour que Tu fasses oublier tout ce qui n'est pas Toi, à tous ceux qui trouveraient en Toi, et qui ne savent pas croire, tout leur bien, ici et au Ciel". Élie se décide. Il donne ses paquets à un compagnon et vient à Jésus qui dépose par terre l'enfant après l'avoir béni. Il prend par les épaules le jeune homme et avance ainsi, pour le réconforter et le soutenir dans son effort. Élie sera un disciple fidèle jusqu'à la fin, compté parmi les soixante-douze envoyés évangéliser deux par deux.

    La Loi mosaïque demande "d'honorer son père et sa mère[10]" et reste muette sur l'obligation d'enterrement d'un père par son fils. Cette obligation, très ancrée, est née de la tradition rabbinique[11]. Jésus heurte donc les traditions qu'il subordonne à la loi divine. C'est ce qu'il fera, par exemple, en subordonnant la loi impérative du sabbat[12]. Ce qui entraîne Élie est l'affirmation, par Jésus, que son père est au Ciel (le Royaume) et qu'il l'honore en suivant le chemin où il le retrouvera.

    Celui qui veut faire ses adieux à sa famille[modifier | modifier le wikicode]

    Cet autre jeune homme (anonyme) veut suivre l'exemple d'Élie mais demande à Jésus la permission de faire ses adieux à sa famille. La réponse de Jésus est brève: "Il y a chez toi trop de racines qui plongent dans l'humain. Arrache-les et si tu n'y arrives pas, coupe-les. Au service de Dieu il faut venir avec une pleine liberté d'esprit. Rien ne doit lier celui qui se donne[13]."   Le jeune homme proteste: il arrivera à se libérer.
    "Non. Non, tu n'y arriverais jamais plus. Dieu est exigeant de même qu'Il est infiniment généreux quand Il récompense. Si tu veux être disciple, il faut embrasser la croix et venir. Autrement, on reste au nombre des simples fidèles. Ce n'est pas un chemin jonché de pétales de roses que celui d'un serviteur de Dieu. Il est absolu dans ses exigences.  Personne, après avoir mis la main à la charrue pour labourer les champs des cœurs et y jeter la semence de la doctrine de Dieu[14], ne peut plus se retourner pour regarder ce qu'il a quitté, et ce qu'il a perdu, ce qu'il pouvait posséder en suivant la voie commune. Celui qui agit ainsi n'est pas apte au Royaume de Dieu. Travaille-toi, toi-même. Virilise-toi, toi-même, et puis viens. Pas maintenant[15]."

    Une catéchèse de Jésus[modifier | modifier le wikicode]

    Le lundi 31 juillet 1944, alors qu'elle est en train de faire ses offrandes quotidiennes, Maria Valtorta entend la voix de Jésus "nette et soudaine" lui dire le verset de Matthieu 8,55 et l'expliciter: "Laisse les morts enterrer leurs morts. Les morts des morts sont les vaines préoccupations, les soucis du monde, les affections ressenties humainement. Les "vivants" ne doivent pas s’occuper de ces choses mortes." Un peu plus tard Jésus développe son enseignement en l'étendant, plus brièvement à Matthieu 8,20 et Luc 9, 58: "Les renards ont leur tanière et les oiseaux leur nid. Le Fils de l’Homme n’avait pas de pierre où reposer la tête."

    À cette époque, Maria Valtorta n'a pas encore reçu la vision correspondante à l'Évangile (celle-ci n'interviendra que dix mois plus tard, le dimanche 3 juin 1945). Cette catéchèse[16] donne le sens de ce qu'elle verra et confirme le sens de la radicalité demandée aux disciples.

    Les morts et les vivants[modifier | modifier le wikicode]

    Jésus y développe une métaphore des "morts" et des "vivants" : Les "morts" ne sont pas seulement ceux qui ont rejeté Dieu, mais aussi les tièdes, ceux qui, par apathie ou attachement excessif aux réalités terrestres, restent inertes spirituellement: "Je qualifie de morts ceux qui, pour ne s’être pas donnés entièrement à la Vie, sont demeurés lourds et lents, froids et inertes comme des corps morts." Ces âmes, comparées à des cailloux sans énergie propre ou à des huîtres accrochées à un rocher, sont incapables de répondre à l’appel de Dieu. Leur affection pour le monde les paralyse sur place.

    Les "vivants", en revanche, sont ceux qui priorisent Dieu sur tout le reste, y compris les affections légitimes (famille, maison, sécurité): "Suivez-moi en passant au-dessus de tout ce qui n’est pas Dieu."

    La transfiguration des affections légitimes[modifier | modifier le wikicode]

    Jésus utilise l’image des renards (qui ont une tanière) et des oiseaux (qui ont un nid) pour illustrer une liberté paradoxale: Lui-même, le Fils de l’Homme, n’a "pas de pierre où reposer la tête" (Matthieu 8,20 / Luc 9,58), car son attachement unique est à la volonté de Dieu. Ainsi donc, le disciple est appelé à une liberté intérieure encore plus grande : ne pas s’encombrer des attachements terrestres, même saints (comme l’amour pour sa famille ou sa maison), s’ils deviennent des obstacles à la suite du Christ : "Aimez tout en Dieu, saintement. […] Considérez tout le reste et les autres personnes à travers moi." Cette exigence n’est pas un rejet des affections humaines, mais leur transfiguration : les aimer en Dieu et pour Dieu, en les soumettant à son amour premier.

    Le vrai repos[modifier | modifier le wikicode]

    Jésus invite à un dépouillement qui n’est pas privation, mais libération: Les affections humaines (famille, amis) doivent être vécues dans la charité, sans égoïsme, et toujours subordonnées à l’amour de Dieu: "Passez tout ce que vous pouvez faire, dire ou aimer au crible de votre amour pour moi."

    Le disciple trouve son vrai repos non dans les sécurités terrestres, mais dans le cœur de Jésus: "Le petit Jean (Maria Valtorta) […] a un oreiller et un nid : le cœur et la poitrine de son Jésus."

    L’enseignement se termine par une image dynamique: "Élève-toi au-dessus de ce qui est terrestre. Il y a tant de ciel pour toi !". Le disciple est appelé à voler, léger, vers Dieu, sans se laisser alourdir par les "morts" (soucis, tiédeur, attachements désordonnés).

    La radicalité évangélique[modifier | modifier le wikicode]

    Cette catéchèse de Jésus s’inscrit dans une tradition exégétique et spirituelle ancienne, où la radicalité évangélique est comprise comme une libération plutôt qu’une privation[17]. L’appel "Laisse les morts enterrer leurs morts" vise à secouer les tiédeurs et à recentrer le disciple sur l’urgence du Royaume, une interprétation que Maria Valtorta enrichit en décrivant les "morts" comme ceux qui, par leur apathie, restent "lourds et inertes" face à la Vie divine. Cette tradition insiste aussi sur la nécessité de subordonner les affections terrestres — même légitimes — à l’amour de Dieu, une idée que Maria Valtorta exprime avec force : "Aimez tout en Dieu, saintement". Cette vision rejoint celle du Catéchisme de l’Église catholique[18], qui voit dans le détachement une condition pour entrer dans le Royaume, sans pour autant rejeter les réalités créées, mais en les ordonnant à leur fin ultime. Loin d’être un rejet du monde, c'est un appel à aimer "en Dieu et pour Dieu", une synthèse que Jésus, dans Maria Valtorta, illustre par l’image du disciple dont "l’oreiller et le nid" ne sont autres que "le cœur et la poitrine de son Jésus". Ainsi, son enseignement, tout en reprenant les accents de la tradition, offre une actualisation de cette vérité : la liberté du disciple naît de son attachement exclusif au Christ, "la Vie", qui seul donne sens à tous les autres amours.

    L'apport du récit de Maria Valtorta[modifier | modifier le wikicode]

    Trois croyants, mais un seul disciple. Le scribe s'émerveillait de la beauté des enseignements de Jésus, sans doute entendus sur le mont des Béatitudes[19], mais Jésus lui expose qu'ils sont un chemin de charité active et l'invite à progresser. Le disciple hésitant défend les amours humaines légitimes, mais il ne les hiérarchise pas. Jésus ne le rejette pas: il l'invite à grandir en liberté. Seul Élie subordonne tout à la suite de Jésus en vue du Royaume. Jésus lui facilite la prise de décision finale. Il l'a appelé quand les deux autres se sont proposés, ce que précise Luc[20]. Il brûlait de désir quand les deux autres ne marquaient que leur vif intérêt. Ainsi là où les textes de Matthieu et de Luc soulignent la rupture, les écrits de Maria Valtorta mettent en plus la lumière sur la pédagogie de Jésus qui adapte ses demandes aux cœurs qu’Il connait.

    Le récit de Maria Valtorta accentue surtout le sens de la radicalité évangélique (que Jésus développe plusieurs fois dans l'Évangile), non dans le sens de l'épreuve initiatique, mais dans celui du passage à un niveau supérieur: suivre Jésus n’est pas renoncer à son humanité, mais la transfigurer par l’amour.

    Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

    1. Matthieu 8,19 | Luc 9,57.
    2. 2,0 et 2,1 Matthieu 8,21 | Luc 9,59.
    3. Selon les lois juives (halakha), les proches devaient rester cloîtrés après l'inhumation, pendant sept jours sans sortir de la maison. Cette obligation de deuil strict est appelée "shiv'a" (les sept jours de deuil).
    4. Luc 9,61.
    5. Matthieu 10,37-39 : "Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi" | Luc 14,25-33 : "Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère… il ne peut être mon disciple."
    6. D'EMV 169 à EMV 176.
    7. EMV 178.1.
    8. EMV 178.2.
    9. EMV 178.3.
    10. Exode 20,12 | Deutéronome 5,16.
    11. Le Talmud (traité Moed Katan 27a) et la Mishna (Berakhot 3,1) développent des coutumes strictes: L’enterrement des parents est considéré comme un devoir filial primordial (kibbud av va-em). Le Midrash (ex. : Sifre Deutéronome §56) souligne que l’inhumation est un acte de piété filiale (hesed shel emet).
    12. Luc 6,1-5. Jésus maître du sabbat.
    13. EMV 178.4.
    14. Dans l'œuvre de Maria Valtorta, Jésus fait plusieurs fois souvenir de ce conseil du laboureur qui ne se retourne pas en arrière: EMV 276.6 | EMV 302.1 et EMV 551.6.
    15. EMV 178.4.
    16. Les Cahiers de 1944, 31 juillet
    17. St Jérôme, St Augustin, St Jean Chrysostome.
    18. CEC §2544-2547.
    19. Selon les écrits de Maria Valtorta, celui-ci se situe aux cornes d'Hattin. Cf. SEVERINO CARUSO, L'expérience d'Hattin.
    20. Luc 9,59.