Père Mariano Cordovani et Maria Valtorta
Le Maître du Sacré Palais est un conseiller théologique privilégié du Pape,- toujours un dominicain - consulté sur des questions doctrinales complexes et rédigeant des réponses officielles. Il était consulteur du Saint-Office, assistant perpétuel de l'Index. Le Père Mariano fut également appelé à siéger dans plusieurs congrégations du Vatican. Il publia de nombreux ouvrages importants sur la philosophie, la théologie, la doctrine sociale de l’Église et la spiritualité en général.
"Le père Mariano Cordovani fut sans conteste l'une des figures les plus emblématiques de l'Ordre dominicain et de l'Église du siècle dernier[1]."
Il reste une énigme dans le dossier Maria Valtorta car son parcours brillant ne correspond pas au jugement sévère que porte Maria Valtorta, le qualifiant "d'opposant principal à l'Œuvre[2]". Aucune source ne rapporte l'action qu'il aurait pu mener précisément ou ne fait allusion à son avis.
Dans l'œuvre de Maria Valtorta[modifier | modifier le wikicode]
Son nom n'apparaît que trois fois dans toute l'œuvre de Maria Valtorta: le 16 août 1949, mi-avril 1950, 6 juin 1950.
16 août 1949[modifier | modifier le wikicode]
Dans cette dictée figurant dans Les Cahiers de 1945 à 1950, Jésus s'en prend vigoureusement aux dénégateurs de l’œuvre qui disent: "Si c’est l’œuvre de Dieu, il s’en occupera et la fera triompher". Il la juge hypocrite, comme "un défi à la charité, à la sagesse, à la justice ainsi qu’un écran pour cacher leur volonté contraire - si audacieusement, si orgueilleusement et même si lâchement opposée à la mienne"."Par ton intermédiaire, j'ai donné toutes les preuves. Il n’y a en toi aucun péché de rébellion, de simulation ou d’orgueil. Tu es une victime docile de leur volonté. Parce qu’ils sont "l’Église", tu défends toi-même leur volonté contre ceux qui voudraient la piétiner. En raison de ta crucifixion, il est certain que tu ne peux scruter les livres des docteurs. En raison de ton niveau culturel, il est certain que tu ne peux écrire ces pages. Que demandent-ils d’autre, si cela ne leur suffit pas pour reconnaître : "Oui. L’Esprit de Dieu est bien présent ici" ? Il ne s’y trouve aucune erreur dogmatique; en vérité il n’y en a pas dans l’Œuvre.Maria Valtorta note alors:Si l’Esprit a donné des lumières (des lumières de grâce) pour rendre pleinement lumineux ce que, en vingt siècles, telle ou telle école a seulement éclairé d’un rayon sur tel point précis, qu’ils bénissent Dieu pour sa grâce au lieu de prétendre : "Mais nous, nous disons autre chose".
Qui est la Sagesse ? Est-elle leur servante ou leur reine ?
Mais pour ne pas se dire rebelles par orgueil humain, pour dissimuler ces plaies en eux, ils disent : "Cela regarde Dieu".
Dieu a agi et agit encore. Mais le prince du monde domine dans ce monde tandis que le Roi des rois règne au ciel et, fidèle - lui, au moins, il est fidèle - au libre arbitre qu’il a laissé à l’homme pour son épreuve, sa récompense ou bien souvent sa condamnation; il ne fait pas violence à leur volonté. Il les attend, et vite, au jugement.
Ils feraient bien de méditer la page de l’Évangile où, en tant que Maître des maîtres, Sagesse, Parole et Vérité incarnées, je déclare que les péchés contre l’Esprit Saint ne seront pas pardonnés[3].
Or, en vérité, cette Œuvre est celle de l’Esprit de l’Esprit de Dieu, de l’amour du Père et du Fils, de l’Esprit qui connaît toute vérité et vient la révéler aux hommes pris dans le tourbillon actuel comme dans les anciens tourbillons, afin qu’ils puissent se défendre contre les doctrines infernales[4]."
"Cette dictée vient à la suite d’un écrit du Père Cordovani[5] sur la nécessité que les laïcs connaissent eux aussi la théologie et sur leur demande d’obtenir une vraie et bonne théologie...[4]"Cette phrase qui renvoie à Dieu la tâche de s'occuper de l'œuvre, semble partagée par les tenants de l'œuvre dans un esprit positif, car Jésus rajoute:
"Tu informeras tes et mes vrais amis qu’ils ne doivent plus jamais dire cette phrase. Ils la disent sans penser à mal. Mais cela me fait souffrir pareillement. Puisqu’ils veulent être fils de la Vérité, qu’ils se taisent à ce sujet ou qu’ils disent la vérité: "Jésus ne peut triompher grâce à l’Œuvre parce que les hommes ne le veulent pas[4]".
Mi avril 1950[modifier | modifier le wikicode]
Dans une lettre sans date à Mère Teresa Maria, sa mère spirituelle, Maria Valtorta écrit, dans un ton mordant inhabituel:"Je ne sais pas si vous savez, écrit-elle, que le soir du Jeudi Saint[6], le Père Cordovani, maître des Saints Palais, théologien de la Secrétairerie d'État, petit chef du Saint-Office et opposant principal de l’Œuvre, est mort subitement d'une paralysie foudroyante, sans même avoir le temps de dire: "Mon Jésus !" Le plus beau dans tout cela est que le...départ de ce célèbre et puissant dominicain a été passé sous silence. Même le Notiziario del mondo cattolico (Bulletin du monde catholique) n'en a pas parlé[2]."
6 juin 1950[modifier | modifier le wikicode]
Deux mois après la mort du Père Mariano Cordovani, Maria Valtorta reçoit une vision rapportée dans Les Carnets:"Le Purgatoire. J’y reconnais, à sa capuche et à son habit, le Père Cordovani. Son visage sort des flammes, et il a une expression tout à la fois éberluée et implorante. Il me regarde, mais il ne parvient pas à dire quoi que ce soit. Mais son regard douloureux et contrit parle pour lui. Le Seigneur prend la parole à sa place, et dit: "Tu vois ? Tu le reconnais ? Il est là, et il y restera très, très longtemps, pour le seul motif qu’il nous a combattus, moi, toi et l’Œuvre, et qu’il a agi contre la sagesse, la charité et la justice. Note ce que tu vois, brièvement, ainsi que mes paroles, avec la plus grande exactitude. Car c’est la vérité pour celui que tu vois et pour beaucoup de ceux qui ont agi ou agiront comme lui[7]."
Observations et hypothèses[modifier | modifier le wikicode]
À ce qu'on croit comprendre, le Père Mariano Cordovani n'aurait pas formulé de critiques de fond mais aurait donné un blanc-seing au Saint-Office, hostile à cette œuvre. L'hypothèse que l'on peut formuler est celle d'un avis pour passer outre à l'encouragement de Pie XII et auquel le théologien aurait répondu "Si c’est l’œuvre de Dieu, il s’en occupera et la fera triompher", ouvrant ainsi moralement la porte à l'attitude du Saint-Office.
Les circonstances de sa mort furent interprétées comme un signe. Il faut donc la concomitance du décès et d'un fait pour fonder cette croyance. On peut la voir dans la sévérité de Jésus et le ton très mordant de Maria Valtorta. Un ton inhabituel. Maria Valtorta inclut sa remarque dans la narration des évènements touchant la visite de la vénérable Luigia Sinapi au Saint-Office. Elle y reçut des menaces verbales et physiques. Les protagonistes sont anonymes mais l'affaire a fait grand bruit au point que Maître Camillo Corsanego et Lorenzo Ferri vinrent séparément la rapporter à Maria Valtorta. Le Père Mariano Cordovani était-il présent dans cette scène ? Fût-il un des protagonistes ? Seules les archives pourront répondre un jour à cette question.
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ GIUSEPPE SERROTTI - Un ricordo di p. Mariano Cordovani (1883 – 1950).
- ↑ 2,0 et 2,1 Lettres à Mère Teresa Maria - Tome 2 - p. 300.
- ↑ Matthieu 12, 31-32.
- ↑ 4,0 4,1 et 4,2 Les Cahiers de 1945 à 1950, 16 août 1949, pp. 528-530.
- ↑ Il s’agit peut-être de la thèse qu’il a défendue à l’université pontificale St Thomas d’Aquin (Angelicum) le 30 juillet 1949. Elle était intitulée "Essence et valeur de l’humilité dans la vie intérieure" (Essenza e valore dell'umiltà nella vita interiore).
- ↑ Maria Valtorta commet une erreur de date. Le Père Mariano Cordovani est mort le mercredi 5 avril 1950. C'était le mercredi saint.
- ↑ Les Carnets, 6 juin 1950, p. 215.