Saint-Office, avis d'Alberto Vaccari, (26/01/1949)
Cet avis (Parere) d'Alberto Vaccari, un jésuite, a été établi à partir du 24 novembre 1948 à la demande du Saint-Office alors que l'œuvre de Maria Valtorta était sur le point d'être éditée par les Servites de Marie. Terminé en deux mois d'une étude incomplète[1], cet avis, très critique, résume la valeur de l'œuvre de Maria Valtorta dans le dernier mot du rapport : "zero".
Il fait suite aux Brevi notizie du rapport de Mgr Giovanni Pepe dont il constitue les pages 7 et suivantes. Il a donc sans doute été soumis aux consulteurs lors de la réunion du [[Saint-Office, relevé de décisions, (17/02/1949)#14 février 1949 : les consulteurs[1]|14 février 1949]].
Contexte et postérité[modifier | modifier le wikicode]
À cette époque, le Saint-Office avait déjà statué négativement sur le cas de Maria Valtorta. En effet, dans sa note brève du 2 février 1949, Giovanni Pepe rappelle que dès le 13 mars 1946 (p. 35), le confesseur de "l’hystérique" Maria Valtorta devait être remplacé par "un confesseur sérieux et prudent, qui la surveillera et interdira et empêchera que ses "dictées et visions" se répandent parmi les fidèles". Une position non pas fondée sur une étude mais sur ce que l'on en disait. Cet avis ne fonde donc pas l'opinion du Saint-Office, il la justifie a postériori comme une étape préalable à la condamnation de l'œuvre qu'il envisageait.
Le rapport Vaccari justifie le rejet total de l'œuvre, tant comme vie de Jésus romancée que comme révélation privée. Elle vaut "zero".
Cependant cet avis prend son importance en ce qu'il inspirera, en 1960, l'article commentant la mise à l'Index. Un article qui reprend très largement l'argumentaire d'Alberto Vaccari d'une manière plus pondérée toutefois : il dénonce une "vie de Jésus mal romancée" et aucunement hérétique, ce qui n'est pas le cas de son analyse primitive exposée ici qui lui trouve tous les défauts.
Cette analyse a beaucoup circulé semble-t-il auprès de personnes critiques envers l'œuvre de Maria Valtorta. On en retrouve les composantes, dès 1994, chez le P. Mitch Pacwa sj[2]. On les retrouve dans des études critiques récentes. Toutes se présentent comme des études originales, sans citation de source Vaccari.
Traduction française[modifier | modifier le wikicode]
La traduction française annotée et documentée, est accessible sur le document joint.
Commentaires des principaux points soulevés[modifier | modifier le wikicode]
1 - Les critères de jugement du P. Alberto Vaccari et leurs implications[modifier | modifier le wikicode]
Le P. Alberto Vaccari, dans son rapport de janvier 1949, pose d’emblée trois conditions essentielles pour qu’une vie romancée de Jésus puisse être considérée comme valable :
- Prédominance de l’élément historique : Le récit doit s’appuyer sur les Évangiles, tant en étendue qu’en importance.
- Rôle complémentaire de l’imagination : Les ajouts fictifs doivent éclairer le texte évangélique, sans jamais le contredire ni s’y substituer.
- Respect du décorum : La dignité du sujet — et surtout celle de Jésus — doit être préservée en toutes circonstances.
Or, selon Vaccari, l’œuvre de Maria Valtorta ne remplit aucun de ces critères. Elle serait donc, à ses yeux, une vie de Jésus mal romancée, et ne pourrait en aucune façon prétendre à une origine surnaturelle. Elle n'a aucune valeur ("zero"): ni comme œuvre littéraire, ni comme révélation privée..
Une argumentation centrée sur la forme plutôt que sur le fond[modifier | modifier le wikicode]
Pour étayer cette conclusion, Vaccari s’attache à sélectionner une trentaine d’erreurs — doctrinales, historiques, ou stylistiques — ainsi que des indécences et incongruités tirées de l’œuvre. Son approche repose cependant sur une démarche réductrice :
- Ce que Maria Valtorta ajoute à l’Évangile est systématiquement écarté comme hors du canon scripturaire.
- Ce qu’elle décrit dans ce périmètre est jugé non conforme ou opposé à la Tradition.
Cette méthode soulève une ambiguïté fondamentale :
Le Saint-Office, compétent pour évaluer la conformité doctrinale ou le respect des bonnes mœurs, se limite ici à un jugement littéraire et moral sur une vie romancée. C'est l'origine de la confusion que l'on observera dans l'article commentant la mise à l'Index : voulant condamner, par ce biais, le caractère inspiré de la révélation privée, il n'argumentera que sur une vie de Jésus "mal romancée". Cela reflète toute l'ambiguïté de la démarche.
Un contraste saisissant avec l’ouverture actuelle du Magistère[modifier | modifier le wikicode]
Cette approche datée tranche avec l’accueil de l’Esprit Saint promu aujourd’hui par l’Église. Comme le rappelle le Magistère :« L’Esprit Saint, qui jaillit du cœur du Christ ressuscité, agit dans l’Église avec une liberté divine. Il nous offre une multitude de dons précieux, stimulant notre maturation spirituelle dans la fidélité à l’Évangile. Cette action inclut la possibilité de toucher nos cœurs à travers des événements surnaturels — apparitions, visions, ou autres phénomènes — qui, souvent, ont suscité une grande richesse de fruits spirituels : croissance de la foi, de la dévotion, de la fraternité et du service. »[3]Cette tension historique, à soixante-quinze ans d'écart, est révélatrice :
D’un côté, une volonté de contrôle (voire de corsetage) des révélations privées — source, par le passé, d’erreurs de jugement (Sœur Faustine, Padre Pio, Teilhard de Chardin, etc. réhabilités par la suite).
De l’autre, une ouverture à l’action de l’Esprit Saint, qui souffle où il veut[4] et peut se manifester par des voies inattendues, y compris à travers des écrits comme ceux de Maria Valtorta.
2 - Le Jésus de Maria Valtorta différerait de celui des Évangiles[modifier | modifier le wikicode]
Pour Alberto Vaccari "le Jésus que [Maria Valtorta] nous présente, dans ses actes et ses paroles, diffère sur des points essentiels de celui que nous connaissons bien par les saints Évangiles. il n’est plus ce « doux et humble de cœur » qu’Il nous propose Lui-même comme modèle".
Si ce modèle est effectif, Jésus n'est ni passif ni complaisant: Il n'est "pas venu apporter la paix mais le glaive en ce monde"[5]. Il n'hésite pas à chasser les marchands du Temple à coup de fouet et emploie parfois des formules extrêmement dures à l'encontre de ses interlocuteurs, même avec Pierre:
- "Hypocrites !" (Matthieu 22,18) | "guides aveugles", "pire que vous" "insensés et aveugles", "sépulcres blanchis", "serpents, race de vipères" (Matthieu 23,13-36) | "Passe derrière moi, Satan !" (Matthieu 16,23) | "Vous en faites une caverne de brigands" (Matthieu 21,12-13) | "Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel" (Matthieu 25,41) | " Ils dévorent les biens des veuves" (Marc 12,40) | "Vous avez pour père le diable" (Jean 8,44) | "Vous êtes des menteurs" (Jean 8,55), etc.
Ce sont tous ces aspects, et non certains d'entre eux, que l'œuvre de Maria Valtorta met en scène.
3 - Jésus ne cesse de se proclamer Messie[modifier | modifier le wikicode]
C'est l'un des quatre reproches que l'Osservatore romano retiendra plus tard contre l'œuvre[6] ainsi que des "inconvenances"[7]
Alberto Vaccari s'offusque de ce que "Jésus, depuis le début de sa prédication et puis très souvent avec tous types de personnes, se proclame Messie, et "Fils de Dieu", et même, le "Verbe du Père"[8], et c’est pourquoi il est même tenu pour tel par une partie de la population, bien avant la fameuse profession de saint Pierre à Césarée de Philippe".
Cette option exégétique, en vogue à l'époque, oublie que le premier à proclamer publiquement que Jésus est "Fils de Dieu" est le Père Éternel lui-même dans la première des trois théophanies de l'Évangile[9].
De même, le premier apôtre à confesser Jésus comme Fils de Dieu est Nathanaël[10], au tout début de la vie publique. Sans compter les apôtres qui emploient, dès le commencement, des périphrases pertinentes pour désigner Jésus : Agneau de Dieu, Celui qui était annoncé.
Il se méprend enfin sur la discrétion demandée pour l'annonce du Messie. Jésus se proclame Fils de Dieu de notoriété publique[11], ce sera même le motif de sa condamnation[12]. Mais il s'en réserve l'exclusivité[13] tant que la Rédemption n'est pas accomplie.
L'œuvre de Maria Valtorta est en cohérence avec tout cela.
4 - Inconvenances diverses[modifier | modifier le wikicode]
- La Vierge Marie a tellement été représentée dans l'art et la littérature qu'on se demande en quoi "la description minutieuse des membres de Marie enfant"[14] serait inconvenante. Serait-ce les "petites manches courtes qui laissent voir ses avant-bras roses et grassouillets. Avec ses cheveux soyeux de couleur claire comme le miel, pas trop frisés mais ondulant légèrement et qui se terminent en boucles, ses yeux de ciel, son doux visage, un peu rose et souriant, on dirait un petit ange..." ? Les voyants de Fatima, de Lourdes, de la Salette, ... ont décrit similairement la beauté de Marie.
- De même, en quoi le fait d'embrasser "sur les joues" la mère "éprouvée" de Judas[15] est-il choquant ? Alberto Vaccari se choque-t-il du baiser de paix[16], de longue tradition ?
- Il trouve "incongru" que Jésus apprenne le lancer de filet de pêche de Simon-Pierre[17]. Alberto Vaccari semble classer cela dans les "scènes puériles, maladroites, grotesques". Ces qualificatifs peuvent-ils s'appliquer à Jésus exerçant le métier de charpentier ? Le roi David était berger, Pierre était pêcheur, Paul fabriquait des tentes.
- La guérison de la Belle de Corozaïn est jugée indécente: à l'identique de Naaman, elle se plonge dans le lac de Tibériade et y laisse sa lèpre et ses haillons, La lecture du simple mot "nue" provoque un trouble chez Alberto Vaccari.. Mais Dieu nous a créés nus et innocents. L'Évangile mentionne des personnages nus[18] sans intention suggestive. La nudité n'est pas perversion pour le médecin, l'infirmier, l'artiste, … Seules les pensées qu'elles provoquent sont repréhensibles. “Tout est pur pour le pur” dit Saint Paul[19].
5 - Incongruités[modifier | modifier le wikicode]
- Alberto Vaccari juge que : "La science de l’auteure imaginative est plutôt dépassée. Elle-même semble le reconnaître lorsqu'elle écrit : "Mais c'est un évangile pour les simples et les petits, non pour les docteurs pour qui la grande majorité le trouve inacceptable et inutile" en bref : seuls les ignorants peuvent la croire". Les explications que Jésus donne, - car c'est Jésus qui parle et non Maria Valtorta -, sont pourtant de bon sens: il traduit certaines localisations en termes contemporains plus accessibles[20]. Ce qui n'empêche qu'il n'édulcore pas la dénomination historique. Les discours de Jésus dans l'Évangile sont-ils accessibles à tous ou seulement aux savants[21]?
- Pour illustrer ce point, il dénonce "la pure fantaisie" de la jeune Marie invoquant "Jéhovah"[22]. Ce nom, dit-il, est d'origine récente et était imprononçable. Si ce nom est apparu au Moyen-Âge c'est parce que les Massorètes (érudits juifs) ont ajouté des points-voyelles au texte hébreu pour aider à la lecture. Il n'en aurait été nul besoin si ce nom était réellement imprononçable. Si le respect et l'usage liturgique sont établis, les noms théophores (noms propres composés avec le Nom divin) prouvent que son usage gagnait la vie quotidienne[23]. La prohibition du juron ou du blasphème n'interdit pas de dire "Dieu merci !"
6 - Une révélation privée qui contiendrait des choses fausses, serait fausse[modifier | modifier le wikicode]
Alberto Vaccari affirme: "Ça ne peut pas être de véritables visions parce qu’elles contiennent des choses fausses". Cette opinion contredit l'enseignement de l'Église catholique d'aujourd'hui[3], comme d'hier[24]. Selon l'Église catholique, la présence d'inexactitudes ou d'éléments faux dans les détails secondaires d'une révélation privée n'invalide pas nécessairement son authenticité fondamentale ou son origine divine.
L'Église, lorsqu'elle approuve des révélations privées, déclare seulement qu'elles ne contiennent rien de contraire à la foi ou aux bonnes mœurs, et qu'elles peuvent être lues sans danger ou même avec profit. Le critère pour juger la vérité d'une révélation privée est son orientation vers le Christ lui-même[25]. La conformité de l'œuvre de Maria Valtorta aux quatre Évangiles et à la Bible a été démontrée[26]: caractéristique unique qui ne se retrouve pas dans les "vies" de Jésus romancées ou historiques, auxquelles Alberto Vaccari aurait voulu rattacher cette révélation privée.
7 - La résurrection de Lazare ne serait pas conforme[modifier | modifier le wikicode]
Alberto Vaccari dénonce une "audacieuse prétention d'attribuer ses propres fantaisies et erreurs à l'autorité suprême du divin Sauveur et de sa très sainte Mère". À l'appui, il signale que contrairement à Jean 11,30, le Jésus de Maria Valtorta rencontre Marthe au seuil de la propriété et non à la limite de Béthanie. Il ne retient pas l'explication que donne Jésus sur ce point particulier[27].
Son avis se heurte à deux faits signalés pourtant par Jésus :
- Marthe ne pouvait pas sortir de la propriété de Lazare : Selon les lois juives (halakha), Marthe et Marie devaient rester cloîtrées pendant sept jours sans sortir de la maison (Lazare était enseveli depuis 4 jours seulement). Cette obligation de deuil strict est appelée "shiv'a" (les sept jours de deuil). C'est ce que précise Jésus dans Maria Valtorta quand il explique : "Que l'on considère en outre que. durant le temps du deuil et de l'impureté (ce n'était pas encore le septième jour après la mort), les sœurs ne sortaient pas de la maison. C'est donc dans l'enceinte de leur propriété qu'est arrivée la rencontre."[27]
- D'autre part, Jésus contourne le village de Béthanie pour se rendre à la propriété de Lazare qui est à l'opposé. "Dans l'Évangile de Jean, comme on le lit désormais depuis des siècles, il est écrit : "Jésus n'était pas encore entré dans le village de Béthanie" (Jean 9,30). Pour prévenir toutes objections possibles, je fais remarquer que entre cette phrase et celle de l'Œuvre, que je rencontrai Marthe à quelques pas du bassin dans le jardin de Lazare, il n'y a pas de contradictions de faits mais seulement de traduction et de description."[27]
Ceci est illustré par ce schéma[28].
Si Maria Valtorta ne pouvait connaître cette coutume ancienne de la Shiv'ah, qu'elle évoque pourtant, un exégète tel qu'Alberto Vaccari aurait dû noter ce point qui donne toute sa cohérence au récit de l'Évangile canonique.
8 - Exégèse contestée de Proverbes 8, 22-30 et "préexistence" des âmes"[modifier | modifier le wikicode]
Alberto Vaccari conteste l'exégèse qui applique ce texte des Proverbes à la Vierge Marie et il en tire toute une série d'incongruités comme la préexistence des âmes, la nature d'esprit de Marie ou le fait qu'elle soit appelée la "seconde-née" du Père. Ces reproches ont été repris, sans citation de source, par don Guillaume Chevallier. Ils ont fait l'objet d'une réponse argumentée de Marie de Nazareth[29], renvoyant notamment à la Liturgie et aux commentaires qu'en fait le Bienheureux Dom Prosper Guéranger qui ne peut être taxé de manquement à l'exégèse[30]. Nous les reproduisons car ils répondent aux objections d'Alberto Vaccari:
"L’Apôtre nous enseigne que Jésus, notre Emmanuel, est le premier-né de toute créature (Colossiens 1,15). Ce mot profond signifie non seulement qu’il est, en tant que Dieu, éternellement engendré du Père ; mais il exprime encore que le Verbe divin, en tant qu’homme, est antérieur à tous les êtres créés.On comprend à lire ces commentaires du Bienheureux Dom Prosper Guéranger, comment la Sagesse, essence de Dieu le Père, a pu concevoir de toute éternité la Mère Immaculée de la Sagesse incarnée, On comprend aussi ce que veut dire "seconde-née" du Père d'autant que Maria Valtorta l'annote.Cependant ce monde était sorti du néant, le genre humain habitait cette terre depuis déjà quatre mille ans[31], lorsque le Fils de Dieu s’unit à une nature créée. C’est donc dans l’intention éternelle de Dieu, et non dans l’ordre des temps, qu’il faut chercher cette antériorité de l’Homme-Dieu sur toute créature. Le Tout-Puissant a d’abord résolu de donner à son Fils éternel une nature créée, la nature humaine, et, par suite de cette résolution, de créer pour être le domaine de cet Homme-Dieu, tous les êtres spirituels et corporels. Voilà pourquoi la divine Sagesse, le Fils de Dieu, dans le passage de l’Écriture que l’Église nous propose aujourd’hui et que nous venons de lire, insiste sur sa préexistence à toutes les créatures qui forment cet univers.
Comme Dieu, il est engendré de toute éternité au sein de son Père ; comme homme, il était dans la pensée de Dieu le type de toutes les créatures, avant qu’elles fussent sorties du néant. Mais le Fils de Dieu, pour être un homme de notre filiation, ainsi que l’exigeait le décret divin, devait naître dans le temps, et naître d’une Mère.
Cette Mère a donc été présente éternellement à la pensée de Dieu comme le moyen par lequel le Verbe prendrait la nature humaine ; le Fils et la Mère sont donc unis dans le même plan de l’Incarnation ; Marie était donc présente comme Jésus dans le décret divin, avant que la création sortît du néant. Voilà pourquoi, dès les premiers siècles du christianisme, la sainte Église a reconnu la voix de la Mère unie à celle du Fils dans ce sublime passage du livre sacré, et a voulu qu’on le lût dans l’assemblée des fidèles, ainsi que les autres passages analogues de l’Écriture, aux solennités de la Mère de Dieu.
Mais si Marie importe à ce degré dans le plan éternel ; si, comme son fils, elle est, en un sens, avant toute créature, Dieu pouvait-il permettre qu’elle fût sujette à la flétrissure originelle encourue par la race humaine? Sans doute, elle ne naîtrait qu’à son tour, ainsi que son fils, dans le temps marqué ; mais la grâce détournerait le cours du torrent qui entraîne tous lès hommes, afin qu’elle n’en fût pas même touchée, et qu’elle transmît à son fils qui devait être aussi le Fils de Dieu, l’être humain primitif qui fut créé dans la sainteté et dans la justice. [...] [32]
9 - Le péché originel aurait été un acte sexuel[modifier | modifier le wikicode]
Une lecture superficielle, qu'Alberto Vaccari reconnaît, l'a conduit à confondre la cause et la conséquence du péché originel. Il pense que "Le péché originel, la première faute d'Adam et Ève, était l'acte conjugal accompli à l'instigation du diable contre l'interdiction de Dieu". Ce serait, selon lui, "vouloir introduire dans l'Écriture divine ce qui n'y est pas" et suffirait "à conclure que cette œuvre, tant dans l'un que dans l'autre élément dont elle est constituée (visions et dictées) est condamnable". L'Osservatore romano, dix ans plus tard, retient cette objection mais en des termes plus modérés : elle est qualifiée de "plutôt extravagante et inexacte".
Maria Valtorta, dans un note d'EMV 174.8/9, détaille l'enchaînement de la cause et des conséquences du Péché originel : sous l'action du Serpent "Ève se vit aussi puissante que Dieu, comme si elle s’était débarrassée de la marque de toute créature : devoir obéir à tout ce que Dieu commande et se borner à faire ce que Dieu permet. Après qu’elle eut rejeté cette marque pour être “comme Dieu”, la luxure spirituelle du “pouvoir tout faire” entra en elle."
Cette luxure spirituelle "engendra la luxure intellectuelle du “tout connaître” : le bien et surtout le mal que Dieu lui interdisait de connaître".
Celle-ci "engendra la luxure charnelle" qui les pousse à un accouplement qui "procurait une nouvelle jouissance immédiate et un futur pouvoir d’être semblables à Dieu en créant par eux-mêmes de nouveaux hommes sur la terre, par des lois naturelles communes aux animaux et différentes de celles que Dieu avait établies[33]."
Le descriptif de Maria Valtorta[34] décrit donc bien un dérèglement des sens aboutissant à la triple concupiscence comme l'explique le Catéchisme de l'Église catholique[35] quarante-sept ans après la dictée de Maria Valtorta. Le Péché originel a engendré la "luxure charnelle". Adam et Ève n'ont pas procréé avant la péché originel. Cela aurait été caractérisé par une pureté, une harmonie et une obéissance parfaite de la chair à la volonté, sans la honte ni la concupiscence qui sont apparues après la Chute. Maria Valtorta, comme la Genèse, ne dit pas autre chose[36].
10 - Pour un millième d'instant, l'âme sortie parfaite de la pensée divine est égale à celle du premier homme[modifier | modifier le wikicode]
Dans une dictée du 28 janvier 1947 (p.332), Jésus répond d'avance à cette objection par un argumentaire d'évidence qu'Alberto Vaccari n'aurait pas pu nier: "[l'âme] ne sort pas impure de la Pensée créatrice. Le péché originel se trouve dans l’homme et dans les enfants de l’homme, pas en Dieu. C’est pourquoi ce n’est pas au moment où elle est créée par Dieu mais au moment de s’incarner dans l’homme conçu par l’homme que l’âme contracte l’héritage que se partagent les descendants d’Adam…".
Voir le développement dans la note de bas de page.
11 - Jésus, "partie de Dieu"[modifier | modifier le wikicode]
En EMV 487.4, Jésus discoure sur la nature du Christ selon Jean 7,28-29. Il dit, entre autres: "Mais Moi je connais Celui qui m'a envoyé parce que je suis sien, je fais partie de Lui, et je suis un Tout avec Lui. Et Il m'a envoyé, pour que j'accomplisse ce que veut sa Pensée." Cette expression comporte trois affirmations:
- "Je connais Celui qui m'a envoyé parce que je suis sien". Ceci est théologiquement juste et biblique[37]. Jésus est "sien" (du Père) par nature, étant le Fils éternellement engendré.
- "Je fais partie de Lui". Ceci est effectivement théologiquement imprécis et potentiellement problématique. Utiliser le terme "partie" peut induire en erreur en suggérant que la divinité est fragmentée (ce qui est contraire à la doctrine de la Trinité) ou que Jésus n'est pas pleinement Dieu.
- "Et je suis un Tout avec Lui". Ceci est théologiquement juste et biblique[38], mais nécessite une compréhension précise. L'unité entre le Père et le Fils n'efface pas la distinction des personnes. Jésus est "un Tout avec Lui" dans le sens d'une unité d'essence divine, mais il reste une personne distincte du Père.
Alberto Vaccari aurait donc été fondé à dénoncer les dangers de cette formulation s'il ne commettait pas un anachronisme et une partialité d'interprétation.
- Anachronisme : Si dans un écrit contemporain, l'expression serait critiquable, elle est justifiée pour une vision historique. Il s'agit du passage de l'Évangile où Jésus parle de sa vraie nature[39]. Pour les Juifs du temps de Jésus (notamment les pharisiens et le Sanhédrin), l’idée trinitaire était révolutionnaire et scandaleuse. D'ailleurs Jésus ne parlera explicitement du Paraclet qu'à ses apôtres et en final. Pour eux, c’était une lumière nouvelle, mais difficile à saisir pleinement avant la Résurrection et la Pentecôte. La formulation claire de la Trinité (un seul Dieu en trois Personnes) ne viendra seulement avec les Conciles des IVe-Ve siècles (Nicée, Constantinople). Encore aujourd'hui il reste difficile de l'exprimer et de la concevoir simplement. Les analogies que l'on emploie (famille, trèfle de St Patrick, ...) ne sont pas des hérésies, mais des pédagogies. Jésus emploie une formulation accessible dans le contexte de l'époque. Une formulation qui contient bien la substance du mystère : Un Dieu en trois personnes.
- Partialité : Jésus ne s'arrête pas à l'image: dans la suite du discours il développe longuement le mystère de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption, vérités, là aussi, si profondes qu'elles sont difficiles à saisir pleinement au point que Maria Valtorta écrira: "Les gens chuchotent. Pas tous ont compris, même la plupart (et je suis du nombre) n'ont pas compris. Nous sommes trop ignorants. Mais nous avons l'intuition qu'il a énoncé de grandes choses, et nous nous taisons pleins d'admiration." Il suffit de lire le développement que Jésus fait[40], et qu'il justifie bibliquement, pour comprendre la justesse de cette remarque de Maria Valtorta.
Conclusion[modifier | modifier le wikicode]
- Alberto Vaccari conclut donc: "comme interprétation du Saint Évangile, ce livre confus ne vaut rien (zero)". Il est passé du livre romancé à l'exégèse, une confusion des genres qui se retrouvera dans l'Osservatore romano qui détectera des divergences inopportunes mais aucune opposition condamnable malgré ce réquisitoire dressé par Alberto Vaccari. Cela reste son opinion personnelle qu'on peut ou non partager. Sur ce dernier point, le Bienheureux Allegra, un autre bibliste qui a passé deux ans (et non deux mois) à étudier en profondeur l'œuvre de Maria Valtorta, conclut à l'opposé d'Alberto Vaccari :
"Il y a donc dans l'ouvrage de Maria Valtorta une transposition, une traduction de la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus dans le langage de l’Église d'aujourd'hui, une transposition voulue par Lui, étant donné que la voyante était privée de toute formation technique théologique. Et cela a pour but, je pense, de nous faire comprendre que le message de l’Évangile annoncé aujourd'hui par Son Eglise d'aujourd'hui, avec le langage d'aujourd'hui, est substantiellement identique à celui de Son propre Enseignement d'il y a vingt siècles.[41]"
- Alberto Vaccari conclut donc: "comme interprétation du Saint Évangile, ce livre confus ne vaut rien (zero)". Il est passé du livre romancé à l'exégèse, une confusion des genres qui se retrouvera dans l'Osservatore romano qui détectera des divergences inopportunes mais aucune opposition condamnable malgré ce réquisitoire dressé par Alberto Vaccari. Cela reste son opinion personnelle qu'on peut ou non partager. Sur ce dernier point, le Bienheureux Allegra, un autre bibliste qui a passé deux ans (et non deux mois) à étudier en profondeur l'œuvre de Maria Valtorta, conclut à l'opposé d'Alberto Vaccari :
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ Il mentionne fonder son opinion sur des résumés (p. 51). Il conclut (p. 55) : "De tels écarts par rapport au sentiment juste et au discours exact en matière de foi ne me semblent pas fréquents en proportion de l'ampleur de l'ouvrage ; mais je dois dire que je ne l'ai pas lu dans son intégralité, en profondeur, sauf quelques parties." (Traduction d'Alexis Maillard).
- ↑ Cf. JONATHAN A. BAKER, In Defense of thePoem, 2007, www.maria-valtorta.net.
- ↑ 3,0 et 3,1 Normes procédurales pour le discernement de phénomènes surnaturels présumés, Dicastère pour la doctrine de la Foi, 17 mai 2024.
- ↑ Cf. Jean 3,8.
- ↑ Matthieu 10,34.
- ↑ "Par contre dans cette espèce d'histoire romancée, Jésus est loquace à l’extrême, en véritable publicitaire, toujours prêt à se proclamer Messie et Fils de Dieu et à faire des exposés de théologie dans les termes mêmes qu’emploierait un professeur de nos jours."
- ↑ "Quelques pages sont plutôt scabreuses et, par certaines descriptions et certaines scènes, rappellent des romans modernes".
- ↑ Le "Verbe" de Dieu est une traduction du grec Logos. L'Ancien Testament utilise le terme "Parole de Dieu" (Dabar YHWH) que l'on trouve plusieurs fois. Dans les traductions araméennes de la Bible (les Targums), utilisées dans les synagogues au temps de Jésus, on rencontre souvent : Memra = "Parole". Les rabbins employaient parfois cette expression pour éviter de prononcer directement le Nom divin.
- ↑ “Tu es mon Fils bien-aimé” (Matthieu 3,17 | Marc 1,11 | Luc 3,22).
- ↑ Jean 1,49.
- ↑ Jean 10,36-37.
- ↑ Jean 5,18.
- ↑ Matthieu 16,20 | Marc 8,30 | Luc 9,21.
- ↑ EMV 7.1/2.
- ↑ EMV 78.2.
- ↑ Historiquement, le "baiser de paix" ou "saint baiser" dans le christianisme primitif impliquait un contact physique. Saint Paul mentionnent à plusieurs reprises l'injonction de "saluer par un saint baiser" (en grec : en philemati hagio) . Saint Pierre utilise l'expression "par un baiser d'amour" (en philemati agapes). Saint Justin Martyr décrit l'échange du baiser de paix (allelous philemati aspazometha) après les prières et avant l'Offertoire dans la liturgie. Il n'y a que sainteté dans ce geste physique de tradition ancienne, la nature exacte du contact (sur la bouche, la joue, la main) n'est pas toujours précisée.
- ↑ EMV 58.3.
- ↑ Marc 14,52 | Jean 21,7.
- ↑ Tite 1,15.
- ↑ EMV 312.14. Jésus explique pourquoi il emploie, dans les dictées, des mots courants plutôt que des mots savants : pour être compris par tout le monde. "Les simples et les petits comprendront mieux "Anatolie" que "Bithynie ou Mysie". Mais il le précise cependant pour confirmer l'authenticité de l'œuvre.
- ↑ Matthieu 11,25.
- ↑ EMV 16.2.
- ↑ Le nom de Jésus en est un exemple : Yehoshua est la contraction de "Yeho" (יְהוֹ) qui représente le nom de Dieu dans ses deux premières syllabes (יהוח) et de "shua" (שוע) signifiant "un cri à l'aide !".
- ↑ The Catholic encyclopedia, 1913, Private Revelations.
- ↑ BENOÎT XVI, Verbum Domini § 14, deuxième partie.
- ↑ Cf. La révélation privée de Maria Valtorta, Sept caractéristiques pour juger de son authenticité.
- ↑ 27,0 27,1 et 27,2 EMV 548.20.
- ↑ Image générée par intelligence artificielle.
- ↑ MARIE DE NAZARETH : Réponse à Don Guillaume Chevallier : il n’y a aucune erreur doctrinale dans les écrits de Maria Valtorta.
- ↑ Les travaux de Dom Guéranger avaient fait l'objet d'une attention particulière de Pie XII: en 1947, dans son encyclique Mediator Dei (1947), il notait qu'un renouveau remarquable de l'intérêt savant pour la liturgie sacrée avait eu lieu à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, principalement grâce à l'initiative privée et au travail zélé des monastères bénédictins. Le bienheureux Dom Prosper Guéranger, qui a joué un rôle fondamental dans le mouvement liturgique, dont le Pape Pie XII a reconnu l'importance providentielle, fut aussi le restaurateur de l'ordre des Bénédictins en France, notamment à Solesmes.
- ↑ Ancienneté de l'Homme estimée à l'époque.
- ↑ Année liturgique, propre des saints, 8 décembre, commentaires de Proverbes 8,22-31.
- ↑ Voir l'article spécifique.
- ↑ EMV 17.5/6.
- ↑ Cf. Catéchisme de l'Église catholique, § 377: "La "maîtrise" du monde que Dieu avait accordée à l’homme dès le début, se réalisait avant tout chez l’homme lui-même comme maîtrise de soi. L’homme était intact et ordonné dans tout son être, parce que libre de la triple concupiscence (cf. 1 Jean 2,16) qui le soumet aux plaisirs des sens, à la convoitise des biens terrestres et à l’affirmation de soi contre les impératifs de la raison". § 379 "C’est toute cette harmonie de la justice originelle, prévue pour l’homme par le dessein de Dieu, qui sera perdu par le péché de nos premiers parents."
- ↑ Cf. Genèse 3,16 : "Ton désir te portera vers ton mari, et celui-ci dominera sur toi."
- ↑ Jean 17,25 | Matthieu 11,27.
- ↑ Jean 10,30 | Jean 14,9.
- ↑ Jean 7,25-30.
- ↑ EMV 487.4 à 487.9.
- ↑ Analyse de l'œuvre de Maria Valtorta par Gabriele M. Allegra, Langage.