Cardinal Francesco Marchetti Selvaggiani et Maria Valtorta
Le cardinal Francesco Marchetti-Selvaggiani (1871-1951) est cité trois fois par Maria Valtorta dans ses correspondances. Elle le désigne comme un "ennemi" puissant de l'œuvre. Au moment où il intervient, il est au sommet d’une brillante carrière ecclésiastique : titulaire de plusieurs titres honorifiques, il est aussi Vicaire général pour le diocèse de Rome (1931-1951) où il tient lieu et place du Souverain Pontife, évêque de Rome. Il est également Secrétaire de la Congrégation du Saint-Office (1939-1951). À ce titre, il occupait une position clé au sein de la Curie romaine.
Un personnage influent
C’était en effet lui qui assurait le fonctionnement de la Congrégation du Saint-Office et l’interface avec le Souverain-Pontife et les cardinaux. Dans le cadre de la gestion des affaires disciplinaires et doctrinales, il supervisait l’examen des livres, des enseignements ou des pratiques suspectées d’hérésie ou d’erreurs doctrinales, en collaboration avec les notaires et les censeurs. Il était proche de Pie XII (qu'il représenta dans le diocèse de Rome pendant 20 ans) et, semble-t-il, du cardinal Alfredo Ottaviani. Il avait supervisé Mgr Giovanni Pepe quand celui-ci occupait les fonctions de notaire.
Dans l’œuvre de Maria Valtorta
Le 16 décembre 1948
Dans une lettre à Mère Teresa Maria, Maria Valtorta note:"Pourquoi Son Eminence Mgr Siri ainsi que Mgr Raffa, Mgr Crovella[1] et Mgr Carinci etc. ne donnent-ils pas leur appui ? Parce qu’ils ont tous une peur bleue du Saint-Office et de leurs Eminences Marchetti-Selvaggiani et Ottaviani, qui y font la pluie et le beau temps, même au mépris de la volonté de Sa Sainteté. Ce ne sont pas les seuls d’ailleurs. Dans l’entourage du Pape, beaucoup annulent, de leur propre chef, la volonté du chef suprême de l’Église."[2]Maria Valtorta désigne nominativement ceux qu'elle pense être à l'origine du blocage et mentionne une opposition de leur part à "la volonté de Sa Sainteté".
Le 18 février 1950
Dans une lettre (encore inédite) à M. Arturo Bottai, Maria Valtorta le désigne comme l'auteur de la sanction envers le Père Romualdo Migliorini à l'origine de l'ouverture du dossier du Saint-Office en 1945 :"Oui. Marchetti Selvaggiani a été le premier ennemi. C’est lui qui a fait punir par le Saint-Office P. Migliorini, l’envoyant à Rome et lui interdisant de remettre les pieds en Toscane, en le « signalant », selon les termes du Saint-Office, comme dangereux, fanatique, agitateur des âmes, etc., etc. Par conséquent, il s’est également opposé à moi".Le jugement sévère du cardinal Francesco Marchetti, répercuté par le Saint-Office, vise le Père Romualdo Migliorini et non l'œuvre de Maria Valtorta qui est amalgamée sans discernement approfondi avec les autres cas de mystiques dont s'occupait le Père Romualdo Migliorini. En effet, à cette époque (1945/1946) son œuvre n'est pas achevée, ni transmise au Saint Père: seul des extraits circulent intempestivement.
Le 26 janvier 1951
"J’ai également lu la nouvelle de la mort de Marchetti Selvaggiani, injuste bourreau du Père Migliorni. On ne le dirait pas, mais ces gens-là ont tous es morts peu poétiques !"Le samedi 13 janvier 1951, à 8h05 du matin, son valet de chambre trouve le cardinal Francesco Marchetti terrassé par une thrombose cérébrale dans sa salle de bain. Il avait commencé à se raser. Mgr Luigi Traghlia qui partageait le même appartement au Palais du Saint-Office, était absent[3]. Il était allé dire la messe en cette octave de l'Epiphanie où on célébrait, à l'époque, le Baptême de Jésus. La thrombose cérébrale rend difficile un appel à l'aide et le décès survient en quelques minutes. Le cardinal Ottaviani arrivé rapidement lui a probablement administré l'extrême onction sous condition et a récité la prière pour les défunts.
Remarques
Le rapport de Mgr Giovanni Pepe du 2 février 1949, rapporte la sanction frappant le Père Romualdo Migliorini qui, selon Maria Valtorta, est à l'initiative du cardinal Francesco Marchetti Selvaggiani. Il note que cette sanction fut approuvée par Pie XII : "Le lendemain, vendredi, 14 mars 1946, le Saint-Père approuva cette décision." Cela laisse supposer que Pie XII partageait le jugement négatif du Saint-Office sur le Père Migliorini et sur "les "dictées" et "visions" de l’hystérique Maria Valtorta de Viareggio". Cela est incompatible avec le fait qu'il accepte de recevoir en audience, le 26 février 1948, un religieux " dangereux, fanatique, agitateur des âmes, etc., etc." pour approuver une publication hautement négative. Il est aussi hautement improbable que le chef de l'Église catholique se préoccupe personnellement de l'affectation des religieux. Ainsi donc, si les services du Pape furent sans doute informés de cette affaire disciplinaire elle ne reflète pas l'opinion personnelle de Pie XII comme le démontre le dossier.
La remarque de Maria Valtorta sur les circonstances de la mort du Cardinal doit être rattachée à une "dictée" de Jésus du 10 mars 1949, peu de temps après la tentative de condamnation du Saint-Office :"Aucun de ceux qui agissent mal contre l'Œuvre ne sera épargné par un châtiment sévère. Et tu connaîtras les noms de tes principaux adversaires, car leur mort et la nature de celle-ci te les indiqueront d'abord, puis le fait de les voir là où ils expieront leur péché"[4].Plus tard, dans une "dictée" du 30 mai 1953, Jésus remarque : "Pourquoi tant de haine et d’aveuglement contre mon grand don d’amour et contre mon instrument bien-aimé ? La mort soudaine des sept n’a-t-elle pas suffi à mettre en garde mes nouveaux ennemis ?"
Dans la "mort soudaine" des "principaux adversaires" seules celles du cardinal Francesco Marchetti Selvaggiani et celle du Père Mariano Cordovani sont documentées à ce jour.
Notes et références
- ↑ Mgr Ercole Crovella fut sous-secrétaire à la Sacrée Congrégation du Concile, appelée aujourd’hui Congrégation pour le Clergé. En tant que collègue de Mgr Raffa, qui avait une grande estime pour Maria Valtorta et faisait partie du même dicastère, il doit avoir connu et peut-être apprécié son œuvre, mais sans s’exposer ou s’exprimer sur le sujet.
- ↑ Lettres à Mère Teresa Maria, tome 2, Centro Editoriale Valtortiano, 2022, p. 176.
- ↑ Osservatore romano du 14 janvier 1951, p. 2, ("Vivissimo cordoglio per la morte del Cardinale Marchetti Selvaggiani").
- ↑ Les Carnets.