Cardinal Alfredo Ottaviani et Maria Valtorta
De l'ascension à la contestation[modifier | modifier le wikicode]
Ce prélat fut une figure marquante de son époque. Cependant sa manière d'assumer le pouvoir (on le surnommait "le gendarme de l'Église") fit germer une contestation qui l'amènera à se voir déposséder de son pouvoir quasi discrétionnaire et à sa démission.
Assesseur du cardinal Francesco Marchetti-Selvaggiani (1939–1951)[modifier | modifier le wikicode]
C’est la période de confrontation avec le Saint-Office. Selon Emilio Pisani, le Père Alfredo Ottaviani "faisait déjà autorité au Saint-Office quand l’Œuvre fut “bloquée” en 1949[1]".
Maria Valtorta, évoquant cette période, s’insurge : "Pourquoi Son Eminence Mgr Siri, ainsi que Mgr Raffa, Mgr Crovella et Mgr Carinci, etc. ne donnent-ils pas leur appui ? Parce qu’ils ont tous une peur bleue du Saint-Office et de leurs Eminences Marchetti-Selvaggiani et Ottaviani, qui font la pluie et le beau temps, même au mépris de la volonté de Sa Sainteté.[2]"
En 1950 selon ce que rapporte Luigia Sinapi (Luciana), Pie XII apprenant que l’œuvre n’est pas publiée comme il le croyait, convoque le Père Alfredo Ottaviani et non le cardinal en charge du Saint-Office: "Mais Sa Sainteté a répondu : "Non. Je ne veux pas agir par intimidation. Je les appellerai pour les faire réfléchir, et s'ils s'opposent, je prendrai la chose en main". De fait, il appela Mgr Ottaviani, Conseiller du Saint-Office, mais celui-ci ne voulut rien entendre[3]."
Le cardinal Francesco Marchetti-Selvaggiani, ami de jeunesse de Pie XII, meurt d’une thrombose cérébrale (accident vasculaire) le 13 janvier 1951, jour où l’on commémorait, dans l’ancien calendrier, le Baptême du Seigneur dans l’octave de l’Épiphanie.
Adjoint du Cardinal Giuseppe Pizzardo (1951–1959)[modifier | modifier le wikicode]
Le cardinal Giuseppe Pizzardo (1877-1970), connu pour sa loyauté et son expertise en éducation et en doctrine eut une longue carrière à la Curie romaine. C’est Pie XII, alors cardinal Eugenio Pacelli, qui l’ordonne évêque le 27 avril 1930. Il le servit ensuite à la Secrétairerie d’État comme Substitut pour les relations avec les États jouant un rôle crucial dans la coordination des efforts de la Curie pendant la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction post conflit. Il devient Secrétaire du Saint-Office le 16 février 1951. Il a comme collaborateur direct le Père Alfredo Ottaviani d’abord comme Assesseur puis comme Pro Secrétaire. Si l’Assesseur est un conseiller juridique et théologique du Secrétaire, le Pro Secrétaire agit comme un Secrétaire par intérim ou un adjoint direct au Secrétaire du Saint-Office. Il exerce les fonctions du Secrétaire en son absence ou en préparation de sa nomination définitive, ce qui advint en novembre 1959 à la démission du cardinal Pizzardo alors âgé (82 ans).
Assesseur (1951-1953)[modifier | modifier le wikicode]
Durant cette période on ne note que la pétition au Saint-Père. Préparée par Mgr Alfonso Carinci, elle est signée par neuf personnalités. Elle aboutit au Saint-Office qui s'en moquera plus tard, après la mort de Pie XII, dénonçant dans l'Osservatore Romano: "les personnalités illustres (dont l'incontestable bonne foi a été surprise) qui ont apporté leur appui à la publication". Mais pour l'heure, il n'y a aucune suite.
Le Saint-Office commandite pourtant un rapport au Père Bea qui, bien que signataire de la pétition émet cette fois-ci une conclusion très réservée. Il n'y eut aucune suite.
Pro Secrétaire (1953-1959)[modifier | modifier le wikicode]
Il n'y en eut pas plus durant la période des premières éditions de l'œuvre de Maria Valtorta (1956-1958). Pourtant, à cette époque, le cardinal Alfredo Ottaviani fait fonction de Secrétaire du Saint-Office. On note juste la constitution en 1958 (sous le protocole 144/58) d'un nouveau dossier expurgé, semble-t-il, de certaines pièces dont les arrêtés de février 1949 qui portaient la tentative de condamnation de l'œuvre de Maria Valtorta mais aussi le rejet de cette proposition par Pie XII. L'Osservatore Romano n'est plus en mesure que d'évoquer des "souvenirs" sans date précise.
Tout va rapidement changer avec la nomination officielle du cardinal Alfredo au poste de Secrétaire du Saint-Office.
Secrétaire du Saint-Office (1959-1965)[modifier | modifier le wikicode]
Sous Jean XXIII[modifier | modifier le wikicode]
C'est le 7 novembre 1959 que le cardinal Alfredo Ottaviani est nommé à ce poste de pleine responsabilité après la démission du cardinal Giuseppe Pizzardo. Trente-neuf jours plus tard, le 16 décembre 1959, l'œuvre de Maria Valtorta est mise à l'Index. Les temps ont cependant changés: ils vont entraîner la contestation des méthodes du Saint-Office et de ses méthodes "objet de scandale".
En décembre 1960, le Père Corrado Berti est de nouveau convoqué au Saint-Office où on le reçoit dans un climat plus favorable à l'écoute. Au terme de plusieurs entretiens, il recueille l'autorisation verbale de poursuivre la seconde édition.
Le 1° décembre 1961, un entrefilet étend la mise à l'Index de la seconde édition. Ce qui aurait du déclencher des sanctions pour désobéissance publique et caractérisée, n'a aucune suite.
C'est à cette époque que les relations se tendent entre le cardinal Alfredo Ottaviani défenseur d'une ligne conservatrice et le cardinal Augustin Béa, valeur montante, promoteur d'une ligne novatrice.
Sous Paul VI[modifier | modifier le wikicode]
Le 30 juin 1963, c'est le cardinal Alfredo Ottaviani qui, en tant que protodiacre (doyen des cardinaux romains) couronne le Pape Paul VI après son élection pontificale.
Le 8 novembre 1963, le cardinal Josef Frings dénonce, lors d'une séance plénière, les procédures du Saint-Office: "Nul ne peut être condamné sans avoir été entendu, sans avoir eu la possibilité de se défendre et aussi de se corriger. La procédure du Saint-Office ne répond plus à notre temps et est pour beaucoup un objet de scandale." Cette déclaration fut saluée par une salve d’applaudissements[4]. "Mais au Concile, dès la première session, Ottaviani put constater qu’il suscitait une franche hostilité. Ainsi, quand, dépassant les dix minutes imparties à chaque orateur, le président de séance lui coupa le micro, des évêques applaudirent ; du coup, le cardinal boycotta le Concile pendant deux semaines[4]."
Le 7 décembre 1965, Paul VI publie le motu proprio Inegrae servandae remplaçant le Saint-Office par la congrégation pour la Doctrine de la Foi. S'il ne modifie pas fondamentalement la mission, in en renouvelle profondément l'esprit. L'Index n'est plus mentionnée.
Pro-Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (1965-1968)[modifier | modifier le wikicode]
Le cardinal Alfredo Ottaviani, maintenu à son poste, reçoit des questions au sujet de cette suppression. Le 14 juin 1966, il publie une notification qui annonce que "l’Index n’a plus force de loi ecclésiastique avec les censures qui y sont attachées."
Le 26 janvier 1968, il présente sa démission au Pape Paul VI. Le motif officiel de cette démission est l'âge avancé et le déclin des forces physiques, mais le motif officieux visait les désaccords profonds avec les réformes du Concile Vatican II et une possible pression pour moderniser la Congrégation. Celle-ci était passée d'une institution répressive (l'Inquisition historique) à une entité promouvant activement la foi.
Rencontre aux funérailles du Père Gabriel Roschini[modifier | modifier le wikicode]
Emilio Pisani rapporte l'épisode où le Père Corrado Berti et le cardinal Alfredo Ottaviani se trouvèrent face-à-face aux funérailles du Père Gabriel Roschini:"Dans toute l’histoire de l’Œuvre de Maria Valtorta, les noms d’Ottaviani et du Saint‑Office s’identifiaient, au point de former une sorte de monstre ; le Père Berti essayait constamment de s’en mettre à l’abri comme la souris du chat. Il craignait tant les convocations dans l’austère palais du Saint‑Office que, lorsqu’il en vint une encore en décembre 1961 — l’atmosphère était pourtant bien différente de celle de 1949 —, cela lui provoqua des maux d’estomac.L’idée que je m’étais faite de lui à travers les peurs du Père Berti me rendait impensable la moindre demande d’audience.
Eh bien ! celui que le Père Berti avait redouté pendant vingt ans, sans jamais le rencontrer si ce n’est par personne interposée, assistait aux funérailles du Père Roschini, assis face à lui, désormais inoffensif, lui aussi victime des événements.
Le cercueil reposait au centre du transept de l’église San Marcello. Il n’y avait pas le moindre signe rappelant le Père Roschini savant et faisant autorité, mais seulement son habit religieux et son étole de prêtre. Des deux côtés, parallèlement au cercueil, on avait disposé des rangs de chaises et de bancs, pour les intimes et les notables. Le Père Berti était assis du côté droit, le cardinal Ottaviani du côté gauche, l’un en face de l’autre.
On attendait avec tristesse et recueillement l’entrée du cortège des célébrants qui devait arriver du siège généralice des servites de Marie, sur la place attenante, et entrer par le fond de l’église. L’instant était propice aux souvenirs. Le regard du vieux cardinal malvoyant cherchait dans le vide le cercueil de son ami pour se remémorer, j’en suis sûr, des moments connus de lui seul. En face, le Père Berti l’ignorait, mais ses yeux fixés sur le cercueil semblaient lui rappeler que les gloires de ce monde passent. Deux regards également fatigués, destinés à se rencontrer autour du mystère de la mort…
Il y avait aussi dans l’église le nouveau préfet de la Congrégation réformée, le cardinal slave Franjo Seper, premier successeur d’Ottaviani. Mais les deux hommes n’étaient pas ensemble, il m’a semblé qu’ils s’évitaient.
A la fin de la cérémonie, pendant que l’assistance commençait à sortir, le cardinal Ottaviani s’avança au bras d’un accompagnateur laïc et traça un signe de bénédiction au pied du cercueil. Puis je le vis partir, d’un pas alourdi par les ans, dépendant de son guide, en direction de la porte de l’église, qui s’ouvrait sur une radieuse matinée romaine.
Je me trouvai plus tard au Collège avec le Père Berti. Nous ne fîmes aucune mention, ni lui ni moi, de la présence du cardinal tant redouté aux funérailles du Père Roschini. Elle fermait symboliquement une période de notre histoire, après avoir définitivement conclu la sienne[5]."
Note de convergence[modifier | modifier le wikicode]
Un mois après la suppression de l’Index des livres interdits par le Saint-Office, le 24 juillet 1966, le cardinal Alfredo Ottaviani publiait une "Lettre aux Présidents des Conférences épiscopales au sujet de certains abus et d’opinions erronées dans l’interprétation de la doctrine du Concile Vatican II" Ce texte trouve un écho frappant dans les paroles de Jésus rapportées par Maria Valtorta (L’Évangile tel qu’il m’a été révélé,EMV 652) où Il affirme avec force que l’Évangile, l’Église et les sacrements ne sauraient être réduits à de simples constructions humaines évolutives : ils sont, au contraire, des dons divins, confiés par Dieu à la garde des hommes.
Notes et références[modifier | modifier le wikicode]
- ↑ 22 février 1949 : tentative de destruction de l’œuvre. Maria Valtorta – Qu’en penser ? p.44.
- ↑ Contestation de l’imprimatur donné par Mgr constantino Barneschi bloquant les rotatives. Lettres à Mère Teresa Maria, Tome 2, lettre du 16 décembre 1948, p. 176.
- ↑ Témoignage de la vénérable Luigia Sinapi tel que rapporté à Maria Valtorta (Luciana).
- ↑ 4,0 et 4,1 MARTINE SEVEGRAND : Le cardinal Ottaviani victime du Concile.
- ↑ COLLECTIF: Maria Valtorta - Qu'en penser ? Éléments de discernement, pp. 43-45.