Abolition de l'Index des livres prohibés: raisons et conséquences

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Abolition de l'Index - Acta Apostolicae Sedis, 58-1966, p. 445

En 1966, l'Index des livres prohibés est aboli en droit et en conséquence. Cette procédure disciplinaire, vieille de quatre siècles, visait à identifier les livres qu'il était "interdit" de lire (et encore plus de publier) sous peine de sanctions graves.

Les raisons de l'abolition[modifier | modifier le wikicode]

Les raisons et l'opportunité de cette décision en ont été résumées le 19 mars 2015, sur le site du Vatican, par la Congrégation pour la Doctrine de la foi dans l'historique de sa transformation. En effet, la suppression de l'Index accompagna la définition de sa nouvelle mission. Voici l'extrait concerné :
"LA CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI

Les conditions culturelles, sociales et politiques contemporaines en évolution ont conduit les Pères du Concile Vatican II à soutenir la nécessité d’une mise à jour des dicastères de la Curie romaine. Cette nécessité a été particulièrement mise en avant dans le décret Christus Dominus du 28 octobre 1965, qui exprimait le souhait d’une nouvelle réforme générale de tout l’appareil curial. La réforme de la Curie avait d’ailleurs été l’un des premiers objectifs de Paul VI, annoncé dès le début de son pontificat dans le célèbre discours adressé aux membres de la Curie le 21 septembre 1963 {it}. Il y déclarait notamment : "De nombreuses années ont passé ; il est compréhensible que cet organisme soit alourdi par son âge vénérable, qu’il souffre d’un décalage entre ses structures et ses pratiques d’une part, et les besoins et usages des temps nouveaux d’autre part. Il ressent à la fois le besoin de se simplifier, de se décentraliser, mais aussi de s’élargir et de s’adapter à de nouvelles fonctions."

Alors qu’une Commission spéciale de cardinaux travaillait à ce projet, Paul VI l’a anticipé en réformant le dicastère le plus prestigieux et controversé de la Curie romaine, à savoir la Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office. Cette réforme a été menée à bien grâce au motu proprio Integrae servandae, promulgué le 7 décembre 1965, à la veille de la clôture du Concile [...].

La reconnaissance du droit de défense, garantie à tous les auteurs "accusés", constitue l’une des innovations les plus importantes introduites par le motu proprio Integrae servandae. Ce document a ainsi permis d’éliminer définitivement l’une des critiques majeures adressées au Saint-Office, à savoir l’impossibilité pour tout auteur d’œuvres examinées par le dicastère de se défendre, notamment en cas de risque d’inscription à l’Index. Il convient de noter que l’Index, désormais aboli, n’est plus mentionné dans le motu proprio de Paul VI.

Bien que de nombreuses questions aient été posées par plusieurs évêques sur le sort de l’Index, le cardinal Alfredo Ottaviani, Pro-préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a publié, le 14 juin 1966, de nouvelles dispositions pour la protection de la foi et de la morale dans les publications de presse, sous la forme d’une Notification spéciale. Dans cette Notification, il était précisé que, bien que l’Index n’ait plus de valeur juridique en tant que loi ecclésiastique assortie de sanctions, il conservait néanmoins une pleine valeur morale. En effet, il rappelait à chaque conscience chrétienne le devoir, fondé sur le droit naturel lui-même, de s’abstenir de lire des livres nuisibles à la foi et aux mœurs.

La même Congrégation devait donc signaler ces ouvrages dans un bulletin spécial intitulé Nuntius, publié au début de l’année 1967, mais dont la publication fut rapidement interrompue. Ce bulletin avait pour but d’aider les prêtres et les fidèles à évaluer ces livres et, le cas échéant, à les éviter. Par ailleurs, par un décret du 15 novembre 1966, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi précisa que les canons 1399 (liste des livres interdits) et 2318 (excommunication des auteurs, éditeurs, lecteurs et détenteurs de certaines catégories particulières de livres) du Codex iuris canonici de 1917 étaient également abrogés.

Déjà en 1908, l’appellation originelle de Sacrée Inquisition Romaine et Universelle avait été abandonnée, car elle était trop liée au souvenir de rigueurs anciennes, jugées excessives et mal perçues. La nouvelle dénomination de Congrégation pour la Doctrine de la Foi, adoptée en 1965 et mieux adaptée à ses fonctions actuelles, remplaçait également celle de Sacrée Congrégation du Saint-Office, qui avait toutefois désigné ce dicastère tout au long de ses quatre siècles d’existence. Dans le même temps, le titre de « Suprême », qui soulignait sa prééminence – devenue ces derniers temps purement honorifique – sur tous les autres organes curiaux, fut également supprimé.

Avec le changement de nom, les fonctions propres du dicastère ont également subi une profonde transformation. Elles se concentrent désormais sur la promotion et la préservation de la foi, plutôt que sur la poursuite des hérésies ou la répression des délits contre celle-ci. Par ailleurs, la compétence en matière de dispenses pour les empêchements liés à la religion mixte et à la disparité de culte a été retirée de sa juridiction.

Des modifications ont également été apportées à la composition même du dicastère : le poste de commissaire, accompagné de ses deux assistants, a été supprimé. Avec eux, l’ensemble de la catégorie des « qualificateurs[1] » a également été aboli.

Les dispositions établies par le motu proprio de 1965 ont été intégralement intégrées à la réforme générale de la Curie romaine, réalisée par Paul VI à travers la constitution Regimini Ecclesiae universae {it} du 15 août 1967. Quelques nouveautés ont été introduites par la suite. Parmi celles-ci, on note particulièrement la décision concernant la préfecture du dicastère, qui n’est plus réservée au Pape, mais confiée, avec tous les pouvoirs correspondants, à un cardinal, comme dans les autres Congrégations romaines. De plus, des évêques diocésains ont été intégrés à sa direction en tant que membres de plein droit, conformément au motu proprio Pro comperto sane {it} du 6 août 1967.

La mission principale de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi reste de promouvoir et de protéger la doctrine concernant la foi et les mœurs dans l’ensemble du monde catholique."

Résumé du texte[modifier | modifier le wikicode]

Ce document marque :

1 - le passage d’une logique répressive à une logique doctrinale et pastorale[modifier | modifier le wikicode]

L’ancien Saint-Office était historiquement associé à l’Inquisition, à la surveillance, à la condamnation des erreurs, à l’Index, aux sanctions canoniques. La réforme veut substituer à cette image une mission plus positive : promouvoir la foi, protéger la doctrine, accompagner les fidèles, éclairer les consciences.

2. L’humanisation des procédures doctrinales[modifier | modifier le wikicode]

Le texte souligne fortement l’introduction du droit de défense des auteurs. Cela répondait à une critique ancienne où les procédures étaient perçues comme secrètes et unilatérales. La réforme cherche donc davantage d’équité procédurale ; une meilleure transparence et une justice plus conforme aux principes modernes du droit.

3. La fin du système classique de l’Index[modifier | modifier le wikicode]

Le texte décrit l’abolition juridique de l’Index des livres interdits qui n’est plus une loi ecclésiastique ; et l’abrogation des sanctions automatiques liées à certains ouvrages. Cependant demeure une responsabilité morale des fidèles face aux lectures dangereuses. Autrement dit, on passe d’une contrainte juridique externe à une responsabilité morale de la conscience chrétienne.

4. La fin de l’héritage inquisitorial[modifier | modifier le wikicode]

Le texte insiste plusieurs fois sur la volonté de rompre avec l’image historique de l’Inquisition. Plusieurs signes le montrent : abandon du terme "Inquisition" dès 1908 ; suppression du titre de "Suprême" ; disparition des "qualificateurs" ; suppression du poste de commissaire ; intégration d’évêques diocésains à la gouvernance. On cherche donc à collégialiser l’institution ; à réduire son caractère centralisateur ; à la rendre moins monarchique et moins judiciaire.

5. Ce qui demeure[modifier | modifier le wikicode]

L’Église conserve le devoir de protéger la foi et les mœurs et la vigilance doctrinale demeure nécessaire. Les changements portent sur les méthodes, l’esprit, les procédures, le langage institutionnel. Il marque la transformation de la conception catholique de l’autorité doctrinale au XXe siècle : davantage pastoral, juridique et collégial.

On a parfois présenté cette suppression comme une décision purement pragmatique : trop de publications à examiner[2], mais les motifs en sont tout autre.

Implications dans le cas Maria Valtorta[modifier | modifier le wikicode]

L'absence de consultation de l'auteure et de l'Ordinaire[modifier | modifier le wikicode]

L'historique de la transformation mentionne la constitution Regimini Ecclesiae Universae du 15 août 1967 qui portait sur la réforme de la Curie Romaine. Le Titre III abordait celle de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Son § 33 stipule: "[La Congrégation] examine avec soin les livres portés à son attention et, si nécessaire, les condamne, après avoir entendu l'auteur et lui avoir donné l'occasion de se défendre, et non sans avoir entendu l'Ordinaire, comme cela a déjà été établi dans la Constitution Sollicita ac providea de Benoît XIV (Lambertini)."

Cette constitution de 1749, que Paul VI remet au centre des procédures, indiquait qu'il ne fallait pas condamner sur la foi d’un seul rapport. La procédure prévoyait typiquement une deuxième révision.

Elle nécessitait aussi l'audition de l’auteur et la notification de l’Ordinaire (évêque référent dans le dossier). L'auteure devait avoir la faculté de se défendre et on ne pouvait décider sans avoir entendu l'Ordinaire.

Ces différents points sont manifestement absents ou édulcorés dans le cas de Maria Valtorta. Elle ne fut pas la seule soumise au pouvoir devenu discrétionnaire du Saint-Office: Le 8 novembre 1963, le cardinal Josef Frings déclara en commission sous les applaudissements de l’assemblée conciliaire que: "Nul ne peut être condamné sans avoir été entendu, sans avoir eu la possibilité de se défendre et aussi de se corriger[3]". C'était une occasion de scandale.

Cet échange du 8 novembre 1963 est souvent considéré comme l'un des plus intenses du concile. Dans son article, Martine Sevegrand constate aussi : "Mais au Concile, dès la première session, Ottaviani put constater qu’il suscitait une franche hostilité. Ainsi, quand, dépassant les dix minutes imparties à chaque orateur, le président de séance lui coupa le micro, des évêques applaudirent ; du coup, le cardinal boycotta le Concile pendant deux semaines."

La valeur morale n'est pas une occasion de subterfuge[modifier | modifier le wikicode]

Le changement d'esprit ne se fit pas du jour au lendemain. À peine l'Index supprimé en 1966, la nouvelle Congrégation pour la Doctrine de la Foi voulut reprendre la main sur les condamnations en publiant, début 1967, une revue Nuntius. La revue fut tout de suite abandonnée.

Aujourd'hui encore la "valeur morale" sert parfois à maintenir artificiellement une condamnation de l'œuvre de Maria Valtorta: puisqu'elle a été mise à l'Index, elle est toujours nuisible et à proscrire. C'est oublier qu'elle a été mise à l'Index pour défaut d'imprimatur: un motif disciplinaire qui s'adresse aux promoteurs mais non à l'œuvre. Par contre les commentaires d'autorité qui sont faits ici ou là, sont à prendre en compte dans le discernement du lecteur. C'est oublier que la décision finale de lire ou de ne pas lire revient à la conscience "mûre" des fidèles[4].

Le Père Giandomenico Mucci, "l'un des écrivains les plus prestigieux de La Civiltà Cattolica[5]" eut l'occasion de l'expliciter très clairement quand il répondit à un lecteur qui l'interrogeait sur ce sujet (nous soulignons les passages principaux) :
Comme vous le soulignez vous-même, il est clair que, depuis le décret de 1966 qui l'a aboli, l'Index n'a plus aucune valeur juridique, c'est-à-dire qu'il n'est plus contraignant au regard du droit canonique. Il demeure toutefois moralement contraignant, en ce sens qu'il faut s'abstenir de lire et d'étudier les ouvrages qu'il contient et que la conscience, par expérience ou pour de bonnes raisons, juge dangereux pour la foi et la morale chrétienne. L'Index fournit une orientation, mais c'est à la conscience qu'il appartient de décider . Puisqu’il est clair que les livres de Maria Valtorta non seulement ne constituent pas un danger pour votre foi, mais la renforcent plutôt, et que, dans cette lecture, votre conscience est sereine aussi à cause du réconfort des témoignages faisant autorité que vous avez cités, il me semble que vous pouvez continuer votre lecture sans céder aux doutes ou aux scrupules ou, encore moins, aux désaccords que certains savants expriment sur l’œuvre de Maria Valtorta."

La prophétie de Jésus[modifier | modifier le wikicode]

Maria ne vit pas l'abolition de l'Index. Elle était décédée cinq ans auparavant. Elle ne le vit que par la foi dans la prophétie de Jésus qu'elle ne comprit pas d'emblée :
Le 21 novembre 1948, alors que j’ignorais encore que le Saint-Office avait pris cette affaire en main, l’arrachant aux mains et au jugement de Son Excellence l’Évêque de Sora et de son Réviseur, Monseigneur Lattanzi, il fut dit que "l’on arracherait à leur tour les choses auxquelles ils tenaient le plus à ceux qui ne Le servaient pas, et qu’un jour viendrait où moi et tous connaîtrions les actions de beaucoup." Cet avertissement fut répété le 18 février 1949 et à nouveau le 22 février, alors que j’étais encore dans l’ignorance de la sanction déjà prononcée. L’avertissement se fit de plus en plus explicite et ferme.[6]"

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Le Père Alberto Vaccari appartenait à cette catégorie.
  2. Même à l'époque, la censure n'avait pas pour fonction d'examiner tous les livres édités dans toutes les langues, mais seulement ceux qui lui étaient signalés. Pour le cas de Maria Valtorta on ne sait pas encore qui a demandé la censure et pour quel motif exactement. Officialisée en 1559 sous le pape Paul IV cette procédure fut abolie en 1966 par Paul VI. En 407 ans d'existence 4.000 titres environ furent mis à l'Index. Le dernier catalogue (le 32ème) a été mis à jour en 1948.
  3. Martine Sevegrand, Le cardinal Ottaviani victime du Concile | "60 years ago: Cardinal Frings angrily attacks the Roman Curia" {en}.
  4. Déjà cité : Catéchisme de l'Église catholique § 67 : "Guidé par le Magistère de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église."
  5. Faro di Roma, 26 novembre 2020, Addio a padre Mucci il gesuita più diplomatico della Civiltà Cattolica {it}.
  6. Lettere a Mons. Carinci, faits rapportés par Maria Valtorta dans sa lettre du 24 juillet 1950.