Mise à l’Index de l’œuvre de Maria Valtorta : la procédure
L'oeuvre de Maria Valtorta fut mise à l'Index des livres prohibés en décembre 1959. Il semble cependant que cette procédure fut préparée par le Saint-Office dès 1948 et qu'il ne put la rendre effective qu'après la mort du Pape Pie XII.
La procédure usuelle
1. Le point de départ de la procédure
La procédure était initialisée généralement la dénonciation d’un livre, d’un article ou d’une personne, un doute doctrinal soulevé par un évêque, ou une auto-saisine du Saint-Office. Dans le cas de Maria Valtorta, on ne dispose pas de la pièce d’archives qui acte le déclanchement de la procédure mais le contexte historique laisse supposer qu’il s’agit d’une auto-saisine.
2. L’examen doctrinal
Le dossier était confié à des consulteurs (théologiens experts). Ils devaient analyser les textes en détail ; repérer les erreurs doctrinales ; rédiger un votum (avis argumenté). C’était une phase essentielle : tout reposait sur cette analyse. Dans le cas de Maria Valtorta, on ne dispose que de l’avis du Père Alberto Vaccari du 26 janvier 1949. L’examen succinct concluait : « comme interprétation du Saint Évangile, ce livre confus ne vaut rien. ». À noter que la mise à l’Index ne fut prononcée que quasiment onze ans plus tard (décembre 1949).
Un deuxième avis fut sollicité du Père Augustin Bea (futur cardinal) Son avis, du 17 octobre 1952, s’attachait à discerner le positif du négatif, mais il recommande, au final, de ne pas publier l’œuvre en raison des nombreuses questions soulevées et des problèmes rencontrés.
3. La discussion par les cardinaux
Les conclusions étaient ensuite examinées par les cardinaux membres du Saint-Office. Il s’agissait de réunions formelles où on discutait des conclusions des consulteurs et où on votait sur la décision à prendre. Dans le cas de Maria Valtorta, on ne dispose que du relevé de décisions d’une telle réunion du 14 février 1949, approuvé par les cardinaux du Saint-Office le 16 février. Elle aboutit à la proposition de condamnation de l’œuvre de Maria Valtorta et à plusieurs mesures disciplinaires visant à arrêter l’initiative des Servites de Marie qui avaient créé une société d’édition pour la publication de l’œuvre. Ce relevé de décision ne prenait pas en compte le rapport du Père Augustin Bea qui lui est postérieur.
4. Approbation papale
Le pape était généralement informé et devait approuver les décisions importantes. Ce fut le cas pour Maria Valtorta. Le 17 février 1949 le Saint-Office rapporte que Pie XII approuva les décisions à l’exception notable de celle qui devait condamner l’œuvre. Il la jugea « excessive et superflue » selon ce que rapporte le Saint-Office.
Contextualisation
Si l’initiative des Servites de Marie tourna court, les trois premiers tomes de l’œuvre de Maria Valtorta (qui en comptait quatre à l’époque) furent publiés par la société d’édition Pisani en 1956, 1957 et 1958 sans réaction d’aucune sorte du Saint-Office. Il fallut attendre la mort de Pie XII et la constitution d’un nouveau dossier, pour que la mise à l’Index soit prononcée. Elle suit de 39 jours la nomination du cardinal Alfredo Ottaviani à la tête du Saint-Office. On peut donc supposer que les étapes procédurales préalables furent celles de 1949 comme l’article de l’Osservatore romano du 6 janvier 1960 l’évoque. L’imprécision de ses dates laisse supposer que le nouveau dossier ne comportait pas toutes les pièces, notamment celle du 17 février 1949 portant la décision de condamnation et le refus de Pie XII. Le Père Berti, convoqué par un nouveau commissaire du Saint-Office un an après la mise à l’Index constata qu’il ignorait tout de l’audience papale du 26 février 1948 et des attestations de soutiens écrites par des proches de Pie XII. Elles ne figuraient donc probablement plus dans le nouveau dossier. Après plusieurs entrevues, le commissaire, Marco Giraudo, accorda, en lien avec sa hiérarchie, une approbation verbale pour la poursuite de la seconde édition.
Rôle de Mgr Giovanni Pepe
"Giovanni Pepe (1880-1955) entra au Saint-Office en tant que notaire suppléant en 1933. Entre 1942 et 1947, il fut notaire en chef de la Congrégation. En 1947, il fut muté à la Section de la Censure des Livres en tant que suppléant et archiviste, et il quitta le Saint-Office en 1955[1]. Les notaires étaient des personnes en charge de la fonction administrative et juridique interne au Saint-Office. Ils rédigeaient les procès-verbaux, conservaient les documents officiels dans les archives. Ils certifiaient l’authenticité des actes (décisions, décrets, témoignages) et garantissaient la validité juridique et la confidentialité des procédures.
Mgr Giovanni Pepe apparaît donc, dans les évènements évoqués plus comme un exécutant de confiance que comme un décisionnaire.
Mgr Sebastiano Masala
Au moment de la mise à l’Index effective, le décret (19 décembre 1959) fut publié par un notaire, Mgr Sebastiano Masala (1915-1994). Né en Sardaigne, c’était un proche du cardinal Alfredo Ottaviani, ce qui lui permit de gravir les échelons jusqu'à atteindre la prestigieuse fonction de juge de la Sainte Rote (le plus haut tribunal de l’Église catholique), « obtenant le titre de monseigneur et le privilège de porter des souliers à boucles d'argent »[2], marque de l’élite ecclésiastique. Sebastiano Masala se distingua, en 1962, dans la mise à l’Index des œuvres de Theilhard de Chardin. Mais en 2009, Benoît XVI parle de « la grande vision qu'a eue Teilhard de Chardin"[3] et le Pape François , dans Laudato Si (2015) rappelle que trois papes récents le mentionnent favorablement.
Notes et références
- ↑ Article de Sebastián Terráneo, « Le Règlement intérieur du Saint-Office (1945) », publié dans « Rivista di Storia della Chiesa in Italia », 2023, n° 1, Éditeur Vita e Pensiero, pp. 139-160.
- ↑ https://www.luigiladu.it/Articoli/ppulina_mons_masala_ploaghe.htm
- ↑ Célébration des Vêpres dans la cathédrale d'Aoste, homélie du Saint-Père Benoît XVI, 24 juillet 2009.